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12/08/2008

En Algérie, le sport féminin n'est plus tabou

AFP-Reuters (ALGER) - Par William Maclean
Les Jeux olympiques de Pékin marquent une modeste avancée pour le sport féminin en Algérie, où les femmes athlètes étaient autrefois vilipendées par les conservateurs religieux du pays.

À son retour en Algérie après sa victoire sur 1.500 mètres aux Jeux de Barcelone en 1992, Hassiba Boulmerka avait reçu crachats et insultes.

Les leaders religieux avaient condamné la jeune femme originaire de Constantine pour avoir "osé exhiber sa nudité devant le monde entier".

Aujourd'hui, une nouvelle génération de femmes athlètes poursuit ses rêves sportifs dans un pays où la situation politique se stabilise peu à peu.

f66d86d372a8407342b66151e8c3b490.jpgCette année à Pékin, les joueuses de l'équipe de volley-ball montrent à quel point les choses pourraient changer.

Les championnes d'Afrique se sont qualifiées lors d'un tournoi pré-olympique en janvier dernier. Il s'agit de la première fois qu'une équipe algérienne féminine de volley-ball participe au plus grand événement sportif au monde.

"C'est un rêve pour n'importe quel athlète", confie la capitaine de l'équipe Marimal Madani, 24 ans, lors d'un entraînement avec ses coéquipières dans un gymnase d'Alger.

"C'est extraordinaire. Nous pouvons rencontrer les meilleures équipes du monde. Et nous montrons la voie pour le sport féminin en Algérie."

MANQUE DE STRUCTURES


Trop préoccupée par ses conflits internes, l'Algérie a vu les moments glorieux de l'histoire de son sport tomber dans l'oubli - comme la médaille d'or de Boulmerka en 1992 ou encore les records du monde sur 1.500 et 3.000 mètres de Noureddine Morceli.

Le sport, et en particulier le sport féminin, reste dans un état fragile mais l'atmosphère qui l'entoure est différente aujourd'hui.

"Les années sombres nous ont un peu barrées la route. Maintenant c'est à nous de montrer ce dont nous sommes capables", explique la joueuse Nassima Benhamouda.

Benhamouda est mariée et a une fille de deux ans. Selon la tradition locale, les femmes mariées devraient rester chez elles pour s'occuper des enfants, et ne pas sauter sur un terrain de volley.

"Cela a surpris tout le monde", a-t-elle raconté. "Ici quand une femme se marie, le sport, c'est fini. Elle se dévoue à sa famille. Moi, ce sont mes beaux-parents qui m'ont encouragée."

"En fait tout le monde ici est solidaire - c'est une équipe de femmes, nous sommes une famille."

Benhamouda, qui a vécu en France dans les années en 1990, pense toutefois que l'opposition islamiste envers les athlètes féminines a été exagérée par les médias étrangers.

"Nous vivons comme les autres, nous faisons du sport, nous nous entraînons, c'est vrai nous devons faire plus d'efforts car la mentalité ici n'est pas la même. Et c'est vrai qu'en France il y a plus de libertés. Mais même en Algérie, nous pouvons nous exprimer. Les femmes algériennes ont leur mot à dire."

À Pékin, les femmes porteront la tenue normale prévue pour le volley-ball, un short et un tee-shirt.

Boulmerka elle-même est convaincue que les comportements sont en train de changer.

"La tradition n'est pas vraiment un problème. Les mentalités ont beaucoup évolué. Les femmes peuvent choisir le sport qu'elles veulent. Les parents veulent que leurs enfants fassent du sport et deviennent des champions comme Boulmerka et Morceli", dit l'ancienne championne.

Elle estime aujourd'hui que le problème principal est le manque d'installations pour le sport.

Selon elle, le gouvernement est trop lent à construire les infrastructures malgré les ressources financières issues du pétrole.

"Le sport féminin en général reste très limité", dit-elle. "Nous avons encore besoin d'une vraie politique sportive. Il y a beaucoup de travail."

Version française Diane Falconer

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