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08/08/2008

La première rectrice de Suisse romande

d8c62d6b2465db200a38a932982e1649.jpg Martine Rahier, une professeure belge, dirige, depuis le 5 août 2008, l'Université de Neuchâtel. Une première dans le monde académique romand. Rencontre.
Elle n'aime pas le son de ce mot. Mais, en bonne biologiste, Martine Rahier se souvient parfaitement de ce que sont des «rectrices»: «Les grandes plumes de la queue des oiseaux qui permettent de diriger leur vol.» Depuis hier, cette Belge de 54 ans est une espèce en voie d'apparition. La première «Madame le recteur» d'une université romande est entrée en fonction. Au niveau suisse, seul Zurich avait connu, entre 1982 et 1984, une académicienne en chef.

Dans un milieu où seuls 13,4% des professeurs sont des femmes, le statut de Martine Rahier ferait presque tache. Tache d'huile, puisque deux de ses vice-rectrices sont également des mères. «J'ai bien sûr conscience de la portée symbolique de cette nomination. Après tout, les femmes représentent la moitié de la population. Nous avons, c'est vrai, valeur d'exemple. Dans une société qui ne fait pas assez pour faciliter la vie des mères qui veulent travailler.»

Deux siècles après l'impératrice Joséphine
Martine Rahier n'est pourtant pas la première femme à avoir pris ses quartiers dans le bel hôtel particulier de Pourtalès qui fait office de rectorat, à deux pas du port qui fait retentir ses sirènes de plaisance. Elle fut précédée, en 1810, par l'impératrice Joséphine. Plus modeste, celle qui siège au comité scientifique du prestigieux CNRS français, n'a même pas encore apposé son nom sur l'étiquette de la porte de son bureau. Elle sait qu'après le -règne tumultueux de l'orageux Alfred Strohmeier viré l'an dernier par le Conseil d'Etat pour avoir protesté contre le transfert vers Lausanne de l'Institut de microtechnique (IMT) elle doit aussi apporter sa sérénité naturelle.

«Mais je ne suis pas naïve. Je sais qu'il y aura des décisions désagréables à prendre. Il faudra les communiquer de façon plus transparente. Le recteur doit être avant tout un facilitateur. Par exemple, faire en sorte qu'un étudiant soit bien entouré, qu'il ne doive pas attendre trois mois pour obtenir un rendez-vous avec un professeur.»

Car, outre l'IMT, des pans entiers de la physique et la géologie sont également partis sous d'autres cieux académiques. Bernois et vaudois notamment. Non sans quelques grincements de dentiers. «Le transfert d'unités scientifiques va permettre à l'Université de Neuchâtel le développement d'autres domaines de spécialisation dans un projet global cohérent. De faire en sorte que cette institution s'intègre dans la société, anticipe ses besoins et rende ses diplômés responsables, critiques, constructifs, engagés. Et répondre aux besoins de l'économie et du canton et de la région. L'Université n'est pas une tour d'ivoire.» Les 4000 étudiants, dont le propre fils de la rectrice, apprécieront le défi.

Dans son bureau, quelques babioles du Bhoutan témoignent de sa passion de marcheuse alpine. La folle randonnée fut aussi professionnelle. Elle passa de sa Bruxelles natale, par les Etats-Unis (Berkeley) avant d'arriver à Bâle en 1981: «Mais par inertie administrative, je n'ai pas le passeport suisse.» Plus récemment, elle a fait de la «survie des plantes» un pôle stratégique de la recherche suisse. Au mur, un triptyque abstracto-constructiviste du peintre loclois Lermite ajoute à l'atmosphère zen.

Martine Rahier a le charisme réservé de celle qui ne marche pas sur les autres. Un ton posé sur lequel s'entrechoquent parfois avec une langueur déterminée quelques pointes accentuesques de son Plat Pays d'origine. «J'ai de l'ambition, avoue-t-elle, mais je n'ai rien sacrifié qui ne me reste en travers de la gorge. Mes choix sont bien vécus.»

Source : La Tribune de Genève

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