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14/08/2008

Les femmes candidates progressent, mais pas assez

FREETOWN, (IPS) - Les résultats officiels des élections pour les conseils locaux de juillet 2008 ont été annoncés par le président de la Commission électorale nationale du pays.

Malgré les nombreux rapports de harcèlement et d'intimidation, plus de femmes ont été élues aux conseils qu'aux élections d'il y a quatre ans. Mais les résultats sont insuffisants par rapport à la représentation des 30 pour cent réclamée par des activistes de genre.

Sur 394 circonscriptions disputées, les femmes ont été élues sur seulement 78 sièges, soit 18,9 pour cent, ce qui est une amélioration par rapport aux 12,7 pour cent des sièges de conseils locaux gagnés par les femmes en 2004.

Honorine Muyoyeta, directrice de l'Institut démocratique national pour le pays, a déclaré : "Malgré de concrètes étapes dans l'avancement de la paix et le développement démocratique en Sierra Leone, les femmes -- qui constituent 49 pour cent des électeurs enregistrés -- sont sous-représentées et continuent à faire face à d'importants défis pour participer pleinement à la politique".

Mais quel serait l'impact d'une sous-représentation féminine continue dans la collectivité locale dans un pays qui, l'année dernière, est descendu au bas du classement de développement humain de l'ONU? La croissance économique a été en moyenne au-dessus de 7 pour cent pendant les cinq dernières années dans ce pays producteur de 5,7 millions de carats de diamant, mais plus de 70 pour cent de ses citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté et le pays a un des plus forts taux d'analphabétisme et le plus mauvais taux de mortalité maternelle et infantile au monde.

Princess Pratt était conseillère pour le Conseil de la circonscription 66 du district de Kono qui était encore dans la course aux élections du conseil local en 2008 sous la bannière du Parti du peuple de Sierra Léone (SLPP), un parti de l'opposition, mais a échoué. "Les femmes dans la gouvernance locale sont centrales dans notre jeune démocratie et dans les étapes de développement", affirme-t-elle.

Elle a expliqué qu'elle était une des trois femmes au conseil local de Kono et durant son mandat, elle a œuvré pour les besoins des femmes de cette zone qui avait été ignorée par les gouvernements précédents.

"J'ai construit des marchés communautaires pour les femmes. J'ai établi des moulins de riz pour les fermières, ce qui a amélioré leur production de riz et, par conséquent, leurs revenus. J'ai construit huit écoles primaires dans des villages où il n'y avait jamais eu d'école. J'ai offert des bourses pour la scolarisation de 70 filles et j'ai même étendu certains de mes projets à d'autres circonscriptions, où le besoin des femmes est désespéré", a déclaré Pratt à IPS.

"Maintenant, il n'y a qu'une seule femme dans le conseil, je me demande ce qu'elle est capable d'accomplir pour les femmes. Mais je sais que les hommes du conseil ne seront pas capables de répondre aux besoins des femmes, parce qu'ils ne sont pas préoccupés par les problèmes des femmes".

Richard Yarjah, un enseignant d'école à Kono, dont la femme a bénéficié d'un moulin de riz, est inquiet pour le futur maintenant que Pratt a perdu son poste. "Je me demande si les nouveaux conseillers, dominés par les hommes, continueront à supporter le moulin, alors que tout le projet a été fondé sur l'autonomisation des femmes. Ma famille a été pratiquement gérée par les recettes que ma femme obtient de son travail du riz".

Alie Kabbah, un commerçant à Kroo Bay, une des communautés de bidonville de Freetown, la capitale sierra léonaise, a déclaré : "Nous n'avons eu un centre médical pour la première fois dans notre communauté que quand nous avons eu une femme conseillère. Si les grands politiciens menacent les femmes, refusant de leur accorder le symbole de participer aux élections, alors les choses ne se développeront pas dans ce pays".

Il y a eu de nombreux incidents d'intimidation des femmes candidates durant la campagne électorale. Fatmata Daramy a dû sortir de la course au conseil du district de Bombali parce qu'elle avait peur que ses adversaires l'attaquent physiquement. Elle a déclaré que la faible représentation féminine dans les conseils locaux pourrait être catastrophique pour les femmes.

"La région du nord du pays où j'ai voulu me présenter comme conseillère a réellement besoin d'une représentation féminine car cette partie du pays a le plus grand taux de femmes analphabètes, tellement que le gouvernement a dû instituer des mesures de discrimination positive en offrants des bourses aux étudiantes. Comment pouvons nous combler le fossé dans l'éducation si nous ne sommes pas là pour pousser ces intérêts?"

Le directeur d'Amnesty International en Sierra Leone, Brima Sheriff, a indiqué que malgré leur support ensemble avec de nombreuses autres organisations non gouvernementales pour la participation des femmes aux élections des conseils locaux, les résultats sont encore décevants.

Il a souligné que "la démocratie est en tout question de nombres et le peu de femmes dans un conseil signifie que les femmes auront beaucoup moins d'impact pour faire aborder leurs problèmes".

Brima a toutefois déclaré qu'à la différence du parlement où la majorité est essentielle, les femmes dans les conseils locaux n'ont pas besoin de l'approbation de tout le conseil pour élaborer des projets et les mettre en œuvre.

"Elles pourraient élever leurs voix même au-delà de leur conseil, ou influencer le président de leur conseil pour rechercher le bien-être des femmes", a-t-il dit.

La reconnaissance de l'impact des femmes sur les institutions politiques est en croissance et des programmes ont incité la Fondation internationale pour des systèmes électoraux à amorcer un projet avec pour objectif de construire la Commission d'inscription des partis politiques et l'incorporation de la question de genre dans le travail de la Commission électorale nationale, tout en faisant accroître la compréhension de l'électorat par rapport à la participation des femmes dans la gouvernance locale.

Selon un officiel au PPRC, l'impact de ce projet sera réalisé en 2012, lors de la prochaine élection des conseils locaux.

Margaret Vandy, une autre femme candidate du SLPP battue aux élections du conseil, a déclaré : "Le pouvoir des femmes est crucial pour le développement de la Sierra Leone en tant que nation. Les femmes représentent plus de 50 pour cent de la population, donc le statut des femmes est vraiment le statut du peuple de Sierra Leone". (FIN/2008)

Mohammed Fofanah
7 août
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