Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/12/2009

Jean-Paul ESCANDE, professeur de médecine, dermatologue, ... mais pas seulement !

Jean-Paul ESCANDE, professeur agrégé, médecin des hôpitaux, membre de la Société française de dermatologie et de la Société médicale des hôpitaux de Paris, était l'invité de la Fédération Femmes 3000 lors du Café de Flore du 6 octobre 2009, soirée animée par Christiane DEGRAIN.

Nous publions ci-dessous le compte-rendu de son intervention rédigé par Monique RAIKOVIC, adhérente de Femmes 3000.

_____________________________

 

jpesc.gifDans le département de la Corrèze, à Brive-la-Gaillarde très exactement, naissait en 1939, au foyer de Monsieur et de Madame Escande, commerçants, un petit garçon prénommé Jean-Paul. Puis, Monsieur Escande partait à la guerre, était fait prisonnier par les Allemands et le petit Jean-Paul grandissait entre sa grand-mère, sa mère et ses sœurs. Cet environnement exclusivement féminin a-t-il rendu attentif au sort de la femme, dans nos sociétés industrialisées, celui qui deviendra plus tard le Pr Jean-Paul Escande, Médecin des Hôpitaux ?  A cette question de Femmes 3000, Jean-Paul Escande répond : « Peut-être», avant de préciser : «  En fait, je ne suis certain que d'une chose : dans ma vie professionnelle, jamais je n'ai établi de discrimination, entre mes collaborateurs, en fonction du genre. Jamais cela ne m'est venu à l'esprit ! »

Bachelier à 16 ans, professeur de Médecine et diplômé d'Immunologie à 35 ans

La paix retrouvée, le goût d'entreprendre a réinvesti le foyer Escande reconstitué autour du père de retour de captivité. Tandis que le négoce  paternel passait de quatorze employés à six-cent-cinquante quelques années plus tard, tandis que le cousin Henri Jobert, qui faisait de la confiture de châtaigne dans sa cuisine, lançait la société Andros, le jeune Jean-Paul, bachelier à 16 ans, décidait de poursuivre des études de médecine, à la satisfaction de son oncle médecin généraliste et de son oncle pharmacien. Ainsi, en 1957, âgé de 17 ans, ambitieux et déterminé autant qu'intelligent, soutenu par toute une famille en pleine ascension sociale, Jean-Paul Escande venait s'installer à Paris auprès d'une de ses soeurs.


En même temps que la capitale, il va découvrir, dans le service du Professeur Pasteur-Valéry-Radot, petit-fils du célèbre Pasteur, une médecine sûre d'elle-même et de son avenir : c'est l'époque de la grande victoire des antibiotiques sur les maladies infectieuses et d'une foultitude d'autres progrès moins spectaculaires, mais qui entretiennent la confiance enthousiaste des praticiens en l'avenir de leur discipline. Une atmosphère qui convient à l'appétit de savoir du jeune Escande dont les maîtres remarqueront rapidement la capacité de travail et le sens clinique. En effet, dix-sept années plus tard, en 1974, Jean-Paul Escande sera devenu professeur de Médecine à son tour, spécialisé en Dermatovénérologie et diplômé d'Immunologie de l'Institut Pasteur.

« Paris est devenu propre, se souvient Jean-Paul Escande. Les hôpitaux sont en pleine rénovation. Des villes surgissent de terre. La prospérité se répand sur notre société. Et, moi, je suis devenu professeur de Médecine, à la grande fierté de mes oncles, le médecin généraliste et le pharmacien. J'ai 35 ans. Je suis à la fois enseignant et médecin, universitaire et clinicien, chercheur, mais aussi responsable de la bonne gestion de mon service, de mes équipes. Je me sens de taille à gérer ces diverses activités. Un temps, j'ai même pensé, 'l'avenir est à moi'...

« Quand quelque chose m'intéresse, je vais voir ! »

« Quand quelque chose m'intéresse, je vais voir », dit-il pour expliquer la grande diversité des sujets qu'il a abordés au cours de sa carrière. C'est ainsi qu'il est devenu l'élève du Professeur René Dubos, rencontré lors d'un voyage au Canada. « Une chance, insiste-t-il. Cet ingénieur agronome, qui a enseigné aux Etats-Unis, est à l'origine de tous les grands changements actuels en matière de traitement des problèmes de gestion de la Santé. C'est à travers ce précurseur que j'ai eu accès à la réforme informatique et à la question environnementale qui, l'une et l'autre, bouleversent aujourd'hui notre réflexion sur la médecine. L'enseignement de René Dubos m'a permis de demeurer attentif aux changements et modeste quant à mon savoir.»

« En hématologie, tout renvoie à l'Histoire. En dermatologie, tout renvoie au social. »

Et puis, en 1981, du fait de sa spécialité, le Professeur Jean-Paul Escande s'est trouvé sur le front de l'épidémie de sida. « J'ai vécu le caractère atroce de cette épidémie avant de voir poindre les premiers espoirs thérapeutiques», résume-t-il, relevant combien la survenue de cette maladie infectieuse, réunissant médecins et malades dans une même ignorance, a contribué à modifier la relation médecin-malade, selon lui, temps essentiel de la démarche diagnostique. « La médecine est l'art de transformer la rencontre entre un malade et un médecin en un acte social complet, considère cet interniste. Tout est question d'écoute du malade. Mais il faut que le médecin sache diriger l'interrogatoire du malade. Parce que la lésion ment au corps du malade et que celui-ci nous communique les mensonges de sa lésion. La formation, puis l'expérience et le talent du médecin doivent permettent à celui-ci de faire face et de repérer les signes qu'il sait devoir interroger. Le diagnostic est aidé par la technologie médicale, bien entendu, mais seulement aidé ! » Un point de vue auquel sa pratique de la dermatologie ne doit pas être étrangère, car le Professeur Jean-Paul Escande insiste sur le fait que « La peau est un organe qui, à tout moment, renvoie au social. J'ai dit un jour à Jean Bernard : ' En hématologie, tout renvoie à l'Histoire. En dermatologie, tout renvoie au social. » Ainsi, ce dermatologue en prise sur son temps s'est-il intéressé très tôt aux effets du soleil sur notre épiderme. Par ailleurs, sa spécialité s'est conjuguée en lui avec son goût pour l'Histoire de la Médecine, à travers l'étude des cosmétiques au fil des siècles et des civilisations.

Plus tard, ce type d'approche des concepts de maladie et de santé l'a conduit à réfléchir au dopage, à celui des sportifs notamment : « Un domaine étonnant qui met caricaturalement en évidence le passage d'une médecine destinée à traiter des maladies à une médecine chargée d'entretenir, voire d'améliorer la santé, jusqu'à 'surnaturer' l'individu. C'est cela le dopage. Les sportifs sont ceux qui ont le plus besoin de se 'surnaturer'. On ne peut envisager le dopage des sportifs hors du contexte social. »

Enfin, désireux de parer aux effets d'une médiatisation abusive des changements en cours dans nos modes de vie en général et dans la médecine en particulier, le Professeur Jean-Paul Escande a entrepris : « D'éclairer et d'éduquer le grand public. Je suis allé au devant des médias dans ce seul but. Jamais je n'ai demandé un centime à un patient venu me consulter, afin de pouvoir utiliser les média sans qu'on puisse me suspecter de chercher à me faire de la publicité. J'ai collaboré au magazine « ELLE », j'ai été producteur délégué à Antenne 2, je suis monté sur scène au théâtre de la Gaieté Montparnasse pour parler de la peau, puis au théâtre Mouffetard pour présenter un spectacle tiré d'un livre, « le Malade », que Sacha Guitry a écrit en 1907, alors qu'il était atteint d'une pneumonie gravissime. »

De plus, le Professeur Jean-Paul Escande couche sur le papier les réflexions que lui inspirent tant ses collègues que la société, publiant des ouvrages qui s'avèrent le plus souvent des succès de librairie.  Mais s'il estime devoir divulguer ses connaissances, pratiquer une vulgarisation scientifique de qualité, afin d'informer le grand public, il fulmine contre certains abus de la médiatisation des problèmes de santé qui ont pour effets pervers d'inquiéter l'opinion plutôt que de l'éduquer. Nous en venons à nous demander « si le monde ne va pas a volo », se désole-t-il. Et de citer cette petite histoire qu'aimait raconter « ce politique éclairé qu'était GorbatchevMars et la Terre se rencontrent. 'Comment vas-tu ?' demande Mars à la Terre. - 'Je suis épuisée, je ne supporte plus cette population humaine !', se plaint la Terre. - 'Ne t'en fais pas ! J'ai connu cela, moi aussi. Ça guérit tout seul !' ». Et de rapporter qu'en 1980 Jacques Attali lui avait dit que le médecin allait devenir le servant de ses machines et les patrons de Médecine, les servants des industriels. « Je reste quand même persuadé qu'il ne faut pas désespérer de l'espèce humaine. Profiter de l'évolution des outils informatiques pour repenser la science, en particulier la biologie- qui reste rudimentaire - c'est encore penser la vie  Et je me méfie de la peur... Le principe de précaution, c'est bien, mais...Si nous devons vivre dans la peur... J'ai abordé ce problème dans mon livre intitulé 'Les marchands de peurs' »

Aujourd'hui, atteint par « la limite d'âge », le Professeur Jean-Paul Escande a dû cesser - à regret - ses activités hospitalo-universitaires. Mais il reste un médecin à l'écoute de la société et des malades au sein de la société, un médecin qui, aujourd'hui, commence une carrière d'interniste en ville. Une bonne occasion d'approfondir ces questions qui le taraudent : « La Médecine est-elle un bien de consommation comme un autre ? » ; « Y a-t-il une spécificité médicale ? ». « Cette spécificité, c'est la mort que chacun de nous porte en lui »lui a assuré le Pr Jean Bernard au décours d'une discussion. Une mort qu'en amoureux et en défenseur de la vie, Jean-Paul Escande veut voir reculer toujours davantage.

Monique Raikovic

 

Télécharger le texte en format pdf

A propos des cosmétiques :

Un grand laboratoire pharmaceutique souhaitait développer une gamme de cosmétiques destinés aux dermatologues, lesquels n'en voulaient pas. A l'époque, selon mes confrères, il s'agissait de « trucs de bonnes femmes ». Mon patron, le Professeur Degos quittait la salle de réunion quand quelqu'un commençait à parler de cosmétiques. J'ai expliqué alors aux dirigeants de ce laboratoire que les dermatologues ne voulaient pas entendre parler de ce genre de produits parce qu'ils ne savaient rien sur eux. « Il vous faut d'abord les informer pour ensuite les convaincre », leur ai-je dit. Et je suis devenu Médecin conseil de ce laboratoire.

La cosmétique représente un domaine fabuleux ! Dès qu'on découvre des traces d'une civilisation disparue, on trouve des produits gras nécessaires à la protection de la peau et des pigments utilisés pour la parure de la peau. La cosmétique est nécessaire aux singes nus que nous sommes ! Et ce, d'autant plus aujourd'hui où est apparue une cosmétique réparatrice avec le Botox et d'autres produits...

On trouve des produits cosmétiques dans les grandes surfaces, les pharmacies, des parfumeries de luxe et, maintenant, sur internet. Mais en terme de qualité de fabrication, tous ces produits se valent, ils sont tous bons. La publicité sur les cosmétiques en rajoute beaucoup... C'est, là, de la poésie. Cela fait partie de la qualité de la vie.

Ce qui me met en colère, ce sont ces charlatans qui achètent des lampes qu'ils appellent « lasers » et qu'ils disent capables de faire disparaître certains défauts de la peau. Cela me scandalise.

Ce qui m'attriste, ce sont les personnes qui, après s'être fait « tirer la peau », ressemblent à des momies.

Et je n'ai rien contre les Cisterciens qui refusent la cosmétique, je peux même les comprendre.

 

À propos des effets du soleil sur la peau :

« Le soleil est une fête », c'est, là, le titre d'un de mes livres. Mais quand on fait la fête, il faut savoir rester prudent.  En poussant des individus d'origine celte à émigrer en Australie, on a créé les conditions d'une excellente expérimentation sur les dangers de l'exposition au soleil : les Australiens sont ceux qui en savent le plus sur le mélanome malin, aujourd'hui !

Un coup de soleil n'est pas dû aux rayons infrarouges, comme dans une brûlure, mais aux rayons ultraviolets qui ne « chauffent » pas, mais induisent des réactions chimiques locales, lesquelles deviendront visibles des heures plus tard pour donner ce qu'on appelle le « coup de soleil ».

Une exposition abusive au soleil induit aussi un vieillissement prématuré de la peau. Mais, alors que, dans la montagne andine, les femmes ont des visages fripés, au Tibet, à la même altitude et avec un ensoleillement identique, les femmes ont le front lisse. Nous ne réagissons pas tous de la même manière à un même ensoleillement. Nous ne sommes pas égaux devant le soleil ! Le Professeur Jacques Thuriaf, qui était antillais, avait l'habitude de dire : « Vous, les Blancs, vous êtes tellement prétentieux que vous croyez être les seuls à attraper des coups de soleil ! ». Il est néanmoins certain que les peaux les plus claires sont les plus fragiles.

Et il faut savoir qu'entre 11 heure et 13 heure, mieux vaut prendre l'apéritif à l'ombre, car ce sont les heures où le soleil est le plus dangereux. Il m'est arrivé de rêver de faire hisser sur les plages, à ces heures, des drapeaux ornés de deux tubes de crème antisolaire et portant la mention : « Crèmez-vous les uns, les autres ! »

Ce sont les jeunes enfants exposés au soleil qui encourent le plus le risque de présenter plus tard un mélanome. En Australie, sur les plages, les jeunes enfants sont tous couverts, aujourd'hui. C'est obligatoire. Quant aux adultes qui se font bronzer entièrement et méthodiquement tout au long de l'année, au soleil en été et à l'aide de lampes spéciales en hiver, ils doivent savoir que, s'ils développent ultérieurement un cancer cutané, il s'agira le plus souvent d'une forme peu grave. Mais chez eux, le risque de présenter un tel cancer sera supérieur de 20% à celui du reste de la population. Ces adeptes du bronzage à l'année doivent craindre surtout un vieillissement précoce de leur peau !

 

À propos du dopage :

Le dopage nous interpelle tous. Car nous avons tous envie de nous doper pour être plus performants. Nombre de « Puissants » de ce monde sont dopés à l'hormone de croissance ! Mais, dans le domaine sportif, le culte de la performance est lié au besoin de gagner de l'argent. Il y a les droits perçus sur les émissions de télévision. Il y a les paris en ligne. Il y a aussi, mais à un degré moindre, le prix des places, les sommes que rapportent des stades bien remplis. Au foot, vous êtes un bon joueur quand vous marquez des buts, mais vous êtes un grand joueur quand vous faites vendre des milliers de maillots !

Il est scandaleux d'essayer sur des sportifs des cocktails de médicaments qui, dans un service hospitalier, amèneraient les médecins devant un juge ! On traite comme de la viande des gamins surdoués, qui s'entraînent comme des forçats ! C'est une honte ! La société devrait avoir honte ! Mais chacun voudrait pouvoir faire comme eux...Et tout le monde se tait. Et un ministre a besoin de son quota de médailles... D'ailleurs, j'ai intitulé mon étude sur le dopage : « Des médailles, des cobayes, des ministres ».

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.