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10/03/2010

Michèle COTTA, ou presque quatre décennies de journalisme politique. Un grand témoin et un regard acéré sur notre histoire contemporaine.

Michèle COTTA était l'invitée de la Fédération Femmes 3000 au café de Flore à Paris le 1° décembre 2009 (cf. photo avec Michèle COTTA à droite et Christiane DEGRAIN, responsable du Flore).

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Monique RAIKOVIC, adhérente Femmes 3000 et membre de l'équipe du Journal Femmes 3000, nous restitue les temps forts de cette soirée.

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Propos de Michèle Cotta en marge du troisième tome de ses « Cahiers secrets de la Vème République » consacrés à la période 1986-1997, maintenant, en librairie:

« Je me suis dit très tôt que j'allais tenir une chronique quotidienne de la vie politique. Certains ont qualifié ces chroniques de journal intime alors que dans ces pages il n'y a pratiquement pas trace de ma vie privée. J'ai pris beaucoup de plaisir à rédiger ces chroniques. J'avais le sentiment d'écrire un roman. J'en aime bien les personnages principaux, ces animaux politiques que je ne cloue pas au pilori : en France, nous n'avons pas à rougir de notre classe politique.


« Je sais que nos Politiques ne sont pas sincères, que, plus précisément, ils ont des sincérités successives, notamment les hommes. Les femmes me semblent plus dans la volonté de faire que de plaire, Simone Veil m'étant apparue comme la plus vertueuse d'entre elles. Mais, pour le moment, celles, encore rares, qui atteignent les échelons élevés du pouvoir, sont des femmes exceptionnelles ».

Michèle Cotta a aimé observer les confrontations entre adversaires : « Je me souviens parfaitement de ce moment de télévision de 1988, où Mitterrand et Chirac, tendus à l'extrême, mentaient l'un et l'autre, mentaient l'un à l'autre », rapporte-t-elle. Aussi les périodes de cohabitation lui ont-elles paru « passionnantes à observer »... « Il y a eu Mitterrand et Rocard, rappelle-t-elle. Mitterrand m'avait dit :'Votre Rocard ne tiendra pas un an !'.Non seulement Rocard a tenu trois ans, mais il est parti au sommet de sa popularité !... Il y a eu le duel Chirac/Balladur. Je suivais Chirac, Catherine Ney, Balladur. Quand nous nous croisions, nous nous demandions : 'Qu'est-ce que 'le tien' pense ?' Chirac ne voyait pas en Balladur un homme politique. Quant à Balladur, il pensait que Chirac était fini. Ce duel a été une des plus grandes batailles entre hommes d'un même camp, à cette époque. Parallèlement, une connivence perverse contre Balladur s'installait entre Mitterrand et Chirac, que tout séparait en dehors de leur ténacité et d'une mutuelle reconnaissance de leurs tempéraments d'animaux politiques. Et, en 1995, à l'occasion de la mort de Mitterrand, Chirac, qui n'était pas un grand orateur, a prononcé l'un de ses meilleurs discours. Ce qui prouve combien l'humain a sa place en politique ».

 

Michèle Cotta : propos sur sa carrière de journaliste

« De 1947 à 1949, mon père a été maire SFIO de Nice. J'ai appris alors combien était dur le combat politique. Et je n'ai jamais voulu faire de politique, mais du journalisme politique. C'est pour cela que j'ai fait Sciences Po. Mais je suis entrée à l'Express par la section littéraire. Parce que c'était la place qu'on me proposait et qu'une place à l'Express ne se refusait pas. Heureusement, Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber, ces formidables patrons de presse, se sont rapidement aperçus de mon intérêt pour la politique.

« Nous étions trois jeunes femmes journaliste politiques à l'Express. Françoise Giroud nous avait mises en garde : 'JJ SS vous a choisies parce qu'en tant que jeunes femmes, vous êtes des appâts'. Or on ne demeure pas longtemps un appât et, dans ce métier, il faut savoir durer, c'est-à-dire développer un sens aigu de sa propre sauvegarde. Il faut aussi faire ses preuves. On est petit journaliste à l'Express, puis chef de rubrique, puis on est débauché par ' Le Point', puis l'ascension continue... C'est une longue marche. Dans les parcours éclairs il y a davantage de risque de chute. Journaliste au long cours, c'est plus sûr.  Mais ce qui m'a le plus aidée à me sentir à l'aise en tant que journaliste c'est de considérer que ce qui m'arrivait dans l'exercice de ma fonction n'avait aucune importance.

« Parce que, entre 20 et 35 ans, quand vous n'aviez pas encore de crédibilité professionnelle, quand beaucoup d'hommes pensaient que vous alliez vous marier rapidement et quitter le milieu journalistique politique, il n'était pas toujours facile d'être une femme. Françoise Giroud avait connu cela avant nous.

Plus que les hommes, il nous fallait prouver notre valeur professionnelle. J'ai rencontré Simone Veil en 1970 et nous nous sommes senties immédiatement complices en tant que femmes dans un milieu d'hommes.

« Les journalistes politiques se doivent d'être proches des hommes politiques, comme les journalistes sportifs doivent l'être des sportifs, les journalistes économiques, des patrons de l'industrie. Mais je ne crois pas aux confidences des Politiques, notamment celles qu'ils vous font en spécifiant 'Surtout ne le répétez pas !' Et aucun journaliste, pas même un Elkabbach, n'est capable de déstabiliser un Politique ! C'est le fait même de les approcher tous qui rend le journaliste objectif, qui, plus exactement, amène le journaliste à pratiquer la recherche de la vérité, à tendre vers le plus d'objectivité possible. Parce que l'objectivité absolue, cela n'existe pas.

« Mais je me suis toujours sentie libre. Le jour où, à l'Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber m'a dit 'Il faut être gentille avec Deferre', Françoise Giroud a fait un scandale !

« Néanmoins, il faut faire attention à ce qu'on dit. Je répète à mes élèves journalistes de Sciences Po que, dans ce métier, on prend des risques tous les jours, qu'il faut sans cesse réfléchir à ce qu'on dit. Heureusement le journalisme est un travail d'équipe. La direction de l'équipe de rédaction est là pour prendre du recul, pour réfléchir. Ce que ne peut pas toujours faire le journaliste qui est dans l'action. »

 

Michele cotta flore 12_2009 (2).jpgMichèle Cotta : propos sur la télévision et l'information politique

« Les hommes politiques accordent encore une grande importance à la télévision alors qu'en réalité, le petit écran ne fait plus les élections ! C'était la rareté qui faisait le prix d'un passage à l'antenne ! Mais, actuellement, une quarantaine d'hommes politiques passent quotidiennement sur les divers média, de France Culture à TF1. Cette banalisation ôte tout impact durable à l'événement. Le Président en exercice se plaint de la télévision ? Il y a eu un temps où Mitterrand traitait de nuls les journalistes de ce média. Ce genre d'incident fait parti du relationnel entre hommes politiques et média audio-visuels !.

« Ce que je reprocherais plutôt aux journalistes de l'Information de TF1 comme à ceux de France 2, c'est d'avoir trop tendance à exprimer les mêmes opinions et à traiter l'information de la même manière. Il faut se méfier des modes. Mais il n'y a pas de règle bien définie. L'information pour le grand public n'est pas celle que recherche le public d'Arté ou de France Culture. Et, pour France 2, mettre de la culture dans le journal de 20h, c'est condamné celui-ci à mort... De toute manière, selon moi, le journal de 20h, tel qu'il existe, est condamné à moyen terme. Il faudrait envisager une autre répartition de l'information à la télévision

D'autant plus qu'à la télévision, 1 mn 30 dans le journal, c'est très réducteur, contrairement aux grands reportages où on a le temps de revenir sur les événements.

« J'ajouterai que je n'ai jamais beaucoup aimé la télévision. Je préfère l'écrit qui est l'art de la nuance. »

Monique RAIKOVIC

 

 

 

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