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15/10/2010

La violence contre la femme en Algérie : le point de vue de Djamila AGHA

Nous publions ci-dessous le point de vue de Djamila AGHA, Maître de conférences, vice doyenne chargée de la pédagogie  à la faculté du droit de Sidi bel Abbes. Djamila AGHA est également présidente de Femmes 3000 Algérie.


La violence faite aux femmes en Algérie

INTRODUCTION

Le phénomène de la violence à l'égard de la femme a toujours évolué au fil du temps, et à travers toutes les civilisations, mais reste plus que jamais présent dans les sociétés des temps modernes. Dès le 18e siècle, la révolution industrielle et sociale a permis à un certain nombre de femmes de participer à la vie professionnelle, sans aucun droit ni protection cependant. Il a fallu attendre le 20° siècle pour qu'elles puissent prétendre à l'égalité de leurs droits. Cependant, en général aujourd'hui, les femmes font toujours l'objet de discrimination sociale, professionnelle, scolaire, et familiale. En 1945, le principe de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes est inscrit dans la charte des Nations Unies, et 1946 voit la création de la commission de la condition de la femme. Mais, à ce jour, le phénomène de la violence faite aux femmes reste caché, voire tabou.


Définition de la violence

Le terme de violence envers la femme désigne tout acte susceptible d'entrainer des dommages ou des souffrances de nature physique, morale, sexuelle ou psychologique, y compris les menaces qui portent atteinte à la vie privée de la femme, la contrainte, la privatisation de la liberté, tant dans la vie publique que privée.

La violence est illimitée et apparait  sous d'autres formes telles que la violence au sein de la famille ou du foyer et notamment les agressions physiques ou psychologiques émotives, qui se traduisent par le viol et l'abus sexuel, l'inceste, le harcèlement sexuel et moral sur le lieu de travail.   (1)

La violence à l'égard de la femme découle des rapports de force inégaux entre la femme et l'homme qui aboutit à une grave discrimination envers le sexe féminin.

Cela touche la société et la famille, la femme, rendue plus vulnérable, se voit privée de sa capacité de jouir des libertés fondamentales. In fine, cette situation de fait porte préjudice à la paix, à la sécurité et à la démocratie au sein de la société et dans le monde entier.

1- violence physique : englobe tout comportement de type pousser, tirer les cheveux, frapper, donner des coups, brûler, étrangler, mordre, poignarder, torturer, tuer.

2-violence psychologique : observations malveillantes ou humiliantes, menaces, isolement, brutalités, insultes en public. Ces comportements portent atteinte à l'identité et la confiance en soi. Cette forme de violence détruit les croyances culturelles ou religieuses de la femme en la ridiculisant.

Devant ces obstacles, la femme est forcée d'adhérer à un système différent : celui de la loi du silence.

La violence contre la femme en Algérie est parmi les préoccupations majeures  des associations et organisations féministes, qui plaident pour l'élimination de toutes les formes de violence  et discrimination. Leurs champs  d'action passent par la plaidoirie et les réserves émises  relativement au dispositif  juridique. La violence contre la femme en Algérie a atteint un seuil critique, il s'agit de :

1.       la sous-humanité juridique de la femme sous toutes ses formes.

2.       l'attitude velléitaire des autorités publiques et leur faible accompagnement dans la prise en charge des femmes violentées.

3.       l'élargissement  des  catégories  des  femmes en difficulté livrées à elles mêmes, les femmes violées, les femmes handicapées, les mères célibataires, les femmes sans ressources livrées à toutes les formes d'exploitation et d'asservissement.

4.       la situation précaire des femmes engagées dans la défense des droits humains dans une société hostile.

LES DIFFERENTES FORMES DE VIOLENCE

1-violence conjugale : selon  les  statistiques,  entre  2004  et  2006,  les services   de sécurité  ont enregistré  15 000  cas de violence conjugale  dont  400  sévices   sexuels et  16  femmes  ayant trouvé  la mort  suite  à  leur  blessures. 33 cas de femmes victimes de violence ont été recensés à Oran en août 2010. (2)

Ces chiffres ne reflètent pas l'ampleur du drame dans une société qui impose  la loi  du  silence, le simple fait  d' aller dénoncer son conjoint faisant perdre à la  femme son foyer  avec le risque de  se  retrouver à  la  rue avec les enfants.

Les   causes de   cette  violence  ces  les traditions  archaïques  qui   donnent    au mari  le droit  de  vie  ou  de  mort   sur   la femme , en  particulier  celles  qui  subissent   les  fléaux   de  la  pauvreté l,analphabetisation , conditions  de  vie  précaires   .

2- VIOL ET  ABUS  SEXUELS : les  femmes  violées  se trouvent  chassées   de leur domicile, sans ressources.  Selon le rapport de la ligue  des droits  de l'homme  en  Algérie,  la loi ne reconnait  pas  le  statut de  victime  de viol. Une situation dramatique qui n'inquiète  personne  et empêche  la prise en charge  du  traumatisme  psychologique. Il en résulte une exclusion sociale pour ces femmes,  abandonnées   à  leur  sort,   aucune  structure  d'accueil  n'ayant été   prévue   pour elles.

5- LA VIOLENCE  CONTRE  LES FEMMES HANDICAPEES : les problèmes que  rencontrent les personnes en difficulté sans ressources se trouvent renforcés dans le cas des mères d'enfant handicapé ne disposant pas de structure d'accueil pour leur insertion sociale et professionnelle. Cette  situation s'apparente manifestement  à  une  forme   de  violence  morale.

6- LE HARCELEMENT  MORAL  ET  SEXUEL   DANS LE MILIEU  DU TRAVAIL : La  crise économique  a  rendu plus visible  le marché  du travail  du  secteur  privé, rendu attractif    par   la pauvreté   et   la  précarité rencontrées par certaines catégories de population ,   avec comme  conséquence directe   l'arrivée  massive  de  femmes  dans le secteur privé  qui offre  certes plus   d'emplois   mais où les pratiques de discrimination salariale et autres sont plus   fréquentes.

L'ABSENCE  DE LA  PARTICIPATION DE LA FEMME AU DEVELOPPEMENT

Les femmes forment  presque 52% de la population algérienne. Pourtant, en dépit des progrès enregistrés, elles restent victimes de la persistance de comportements discriminatoires et de préjugés profondément enracinés dans la culture et les mentalités. Elles restent  sous-représentées sur le plan  politique, et parfois totalement exclues de la gestion des affaires. (3)

Il  est nécessaire   que  toutes  les  composantes  de  la  société   algérienne  soient  convaincues  que la valorisation de la place de la femme dans la société est d'une importance cruciale au regard de la construction démocratique ainsi que l'épanouissement et le développement de la femme constituent une dimension importante du développement humain multidimensionnel. Malheureusement la participation de la femme à la vie  publique et  économique   en  Algérie  est  extrêmement faible, du fait de  l'absence  de  toute  volonté  d'intégrer la femme dans  le  développement  en tant qu'actrice  et bénéficiaire. Dans ce contexte, une meilleure participation des femmes au  processus      démocratique  et au  développement  humain  passe  par une stratégie globale   associant actions de sensibilisation  et  d'information, éducation  ou  encore  soutien et promotion.

Enfin une réflexion pourrait s'amorcer sur l'opportunité de mettre en  œuvre une politique de quotas  visant à garantir  une  représentation  plus  équilibrée  des  femmes  à  toutes les échelons d'organisation de l'appareil politique, administratif, et associatif. (4)

LA FAIBLE REPRESENTATION DE LA FEMME

La manipulation de la culture, les traditions, les coutumes par la force conservatrice rendent la tâche des militantes en droits humains agissant pour la protection et la promotion des droits des femmes des plus ardues et des plus complexes, puisque l'affirmation de ces droits est considérée comme une rupture avec les valeurs culturelles et les traditions.

Militer pour les droits humains des femmes en contestant les formes sociales hétéronormatives fait courir  aux militantes des droits humains le risque d'abus et de violence physique et les expose  également  à l'ostracisme de la communauté et de la société en général, qui les accusent d'apostasie et  d'hérésie.

Devant tous ces obstacles, la femme engagée est amenée à baisser les bras et  reculer de mille pas ; elle ne revendique plus rien dans une société hostile,  les femmes  elles-mêmes ayant tendance à sous-estimer les femmes  militantes. Le  rôle attendu de la femme reste d'avoir un foyer et un mari.

Devant l'ampleur du recul constaté, la tâche est rude ! Auparavant, la femme militante devait lutter contre  les mentalités, aujourd'hui il semble qu'elle doive de plus lutter contre ses consœurs qui refusent de collaborer avec les associations féministes de peur d'être coupables et rejetées par la société...

BIBLIOGRAPHIE

Ø  (1) DROIT INTERNATIONAL  PUBLIC - DOCUMENTS    D'ETUDES  Française  n° 3.05 Edition 2007

Ø   (2) Journal Algérien, Ennahar el Jadid   N° 891 du 16/09/2010

Ø   (3)  RAPPORT  DE  LA LIGUE  ALGERIENNE   DES DROITS  DE  L'HOMME/2007

Ø   (4) ETUDE  UNIVERSITAIRE  ENCADREE PAR Mme AGHA DJAMILA  MAITRE DE CONFERENCE A LA FACULTE DE DROIT  UNIVERSITE SIDI BEL ABBES INTITULEE  (LA PROTECTION  JURIDIQUE DE LA FAMILLE EN ALGERIE  2008 )

 

 

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