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04/02/2011

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le pantalon et la jupe

Ce petit glossaire à l’usage de toutes et tous a été rédigé par Monique RAIKOVIC à l’issue du Café de Flore du 5 octobre 2010 au cours duquel Christine BARD, professeure d’Histoire à l’université d’Angers (CERHIO/Centre d’Histoire de Sciences Po) auteure de « Ce que soulève la jupe » et « Une histoire politique du pantalon » est intervenue.

1)      L’origine du mot pantalon : il vient d’un sobriquet donné aux Vénitiens adeptes des culottes longues et étroites et qui vouaient un culte à Saint Pantaleone. Par dérision, on les appelait les pantaloni. Puis, au XVIème siècle, en France, à travers la commedia dell’arte, s’impose le personnage de Pantalon, vieillard riche et avare qui porte un caleçon long. Hors du théâtre, ce pantalon n’est porté que dans les soirées déguisées.

Au XVIIème siècle le pantalon apparaît dans l’uniforme de la Marine royale où il est porté par les matelots.

A la fin du XVIIIème siècle, il inspire la mode enfantine. Il s’agit d’une innovation d’origine anglaise qui permet une simplification et un plus grand confort du costume des petits garçons.


2)  L’histoire du pantalon en France : C’est à partir du IIème siècle avant J.-C. que les Gaulois semblent avoir commencé à porter des braies sous l’influence des Celtes et des Germains. Déjà, les peuples guerriers et chasseurs du Nord de l’Europe portaient des pantalons pour se protéger du froid et monter à cheval. Par contre, en Grèce, c’était les esclaves qui portaient un pantalon collant. En découvrant les braies des Gaulois, les Romains y ont vu un signe de barbarie. Ces braies leur ont inspiré le nom de la Gaule narbonnaise, Gallia Braccata, la Gaule en braies, distincte de la Gaule en toge (Gaule cisalpine). D’ailleurs, les Romains, comme les Grecs, répugnaient à porter ce vêtement bifide fermé. Ils préféraient le vêtement ouvert qu’était la toge, dont, aujourd’hui, la robe des juges, des avocats, des religieux est, peut-être, un avatar encore porteur de la dignité attachée à la toge. « Les origines du pantalon renvoient donc à un large éventail de conditions dominées : c’est le vêtement du vaincu, du Barbare, du pauvre, du paysan, du matelot, de l’artisan, de l’enfant, du bouffon… »relève Christine Bard dans son ouvrage.

Au XIème siècle, les braies vont être couvertes de bandelettes, se porter serrées sur la jambe pour les nobles, rester flottantes pour les classes inférieures. Au XIIème siècle apparaissent les bas appelés chausses qui vont monter de plus en plus haut sur les cuisses des nobles, tandis que les braies raccourcissent et son appelées hauts-de-chausses. Á la fin du Moyen Âge, les hommes « bien-nés » ont substitué au haut- de- chausse, une culotte qui couvre le corps de la taille aux genoux et met en valeur les mollets habillés de bas retenus par une jarretière, tandis que les chaussures sont à talons. La forme de cette culotte et la couleur des bas vont varier souvent mais toujours demeurer la marque de l’appartenance aux classes aisées et plus particulièrement à l’aristocratie. La culotte est un élément important de la parure masculine. D’où, l’expression « Elle porte la culotte » pour désigner une épouse qui régente sans partage son mari et toute sa maison ! Et, en 1789, on appellera les hommes du peuple marchant sur la Bastille en pantalon, « les Sans-Culottes ».

L’importance symbolique politique de la culotte est telle qu’afin de marquer le passage à une société nouvelle imprégnée de l’idéal « liberté/Egalité/fraternité », les Révolutionnaires vont opter pour la généralisation du port du pantalon pour les hommes, lesquels sont tenus du même coup de renoncer à leur droit aux parures brillantes, raffinées. « C’est la Grande Renonciation masculine, selon l’expression forgée par le psychanalyste anglais John Carl Flügel », écrit Christine Bard qui cite cet auteur : « L’homme cédait ses prétentions à la beauté. Il prenait l’utilitaire comme seule et unique fin. »

Les femmes gardent le droit à la parure, un droit auquel elles demeurent très attachées, comme nous le rappelle Christine Bard citant Etta Palm d’Aelders : « Les dames françoises restent esclaves de leur désir de frivolité, qualité adaptative qu’elles ont développée face au despotisme masculin » ; puis Olympe de Gouges qui voit dans un tel comportement, « une ruse certes, mais une ruse avilissante. Et qui se demande : « La tâche d’y mettre fin revient-elle à un nouveau régime ? Ou aux femmes elles-mêmes ? » ; et enfin, en forme de réponse l’opinion émise par le député montagnard Lequinio : « L’émancipation des femmes sera l’œuvre des citoyennes elles-mêmes, lorsqu’elles auront rompu leurs chaînes…qu’aucune loi ne pourra briser à leur place ». Une opinion que viendra conforter l’Histoire… En attendant, au lendemain de la Révolution, le port du pantalon leur reste strictement interdit, comme sous l’Ancien Régime. Cette différenciation radicale des apparences selon le sexe, s’avère un système dans lequel le masculin est synonyme de pouvoir, d’autorité, ce que va venir renforcer le Code civil. D’ailleurs moralistes, scientifiques, philosophes et politiques de l’époque pensent pareillement que l’homme est conçu pour la pensée, la femme pour la reproduction. « Les exemples de disjonction du sexe et du genre sont assez rares dans la culture occidentale. Depuis l’Antiquité, la différenciation des apparences selon le sexe est une loi fondamentale sur laquelle les autorités religieuses et politiques veillent », peut-on lire sous la plume de Christine Bard dans les pages qu’elle consacre au passé. « Le simple fait de porter un pantalon assimile la femme à une travestie dont le genre (masculin) ne correspond plus à son sexe : c’est une perturbation intolérable [encore] au XIXème siècle ».L’ordre social repose donc continûment sur le maintien par les hommes d’une suprématie qu’ils ne tolèrent de perdre…qu’à l’occasion des journées de Carnaval !

3)   Et l’histoire de la jupe : Les femmes portent une jupe depuis les temps bibliques. Ce vêtement est dit ouvert par opposition au pantalon et à la culotte, vêtement bifide fermé. Une différence capitale car les dessous n’existent pas et n’apparaîtront que tardivement dans les habitudes vestimentaires ! Pendant des siècles, la femme va se percevoir ainsi comme limitée dans ses mouvements par crainte de chuter, de voir sa jupe se relever. Elle va se sentir perpétuellement menacée de viol dans ses déplacements hors de son domicile et hors de la protection de son entourage. Elle sait aussi qu’elle risque… la fessée non seulement dans le cadre de sa vie domestique, mais en public ! Christine Bard rapporte que Théroigne de Méricourt (1762-1817), qui déclarait vouloir « avoir l’air d’un homme et fuir ainsi l’humiliation d’être une femme » était autorisée à porter, comme d’autres Amazones de la Révolution, un vêtement masculinisé composé d’une redingote, d’une cravate large, d’un collet, d’un chapeau casque à aigrette ou d’un bonnet à la chasseur ou à la houzarde. Mais cet uniforme ne comportait ni culotte, ni pantalon. Est-ce son audace politico-vestimentaire qui lui a valu d’être fessée en public ? Peut-être pas. Mais elle n’en devra pas moins cette humiliation à l’obligation qui lui a été faite de conserver un vêtement ouvert : « Il aura suffi de relever ses jupes. Sa raison chancelle à la suite de cet incident humiliant », rapporte Christine Bard.

Outre qu’il permet une bien plus grande liberté de mouvement, le pantalon rend enfin caduque cette absence de dessous. Christine Bard indique que : « La documentation est pudique sur cet aspect de l’habillement féminin. On sait toutefois que des femmes comme Madame de Pompadour portaient des caleçons sous leur robe. » D’ailleurs, dès le XVIIème siècle, les danseuses professionnelles avaient été tenues de revêtir un caleçon, les exigences d’une profession ayant toujours été reconnues comme des exceptions justifiées à la règle.

Il faut attendre la Belle Époque pour voir le port du pantalon de dessous entrer dans les habitudes vestimentaires féminines ordinaires. « L’été, on peut s’en passer, mais pour l’hiver, le pantalon de dessous est bien pratique » jugent les dames de ce temps. Il est d’abord fendu pour permettre de satisfaire aisément aux nécessités physiologiques. Au même moment, souligne Christine Bard « Le second XIXème siècle met au goût du jour des danses qui font se soulever les jupes et lever les jambes : le cancan et le chahut. Le pantalon féminin, blanc, devient alors visible. Il va bientôt envahir l’imagier de la Belle Époque : affiches de spectacles, dessins humoristiques, publicités…Il symbolise le Paris des plaisirs, annonce la femme légère, voire la prostituée… […] il semble désormais érotisé, intégré dans les frous-frous de la lingerie féminine. La dentelle l’agrémente au niveau du genou ».

Ce pantalon de dessous ne cessera plus de raccourcir jusqu’à devenir une simple culotte. Et Christine Bard de souligner : « Le port du pantalon de dessous est une mutation fondamentale, car le privilège du vêtement fermé – impénétrable - cessa alors d’être masculin, au moins pour les dessous. Au début du XXème siècle, le passage généralisé aux culottes fermées provoque un véritable choc. Il marque un étape importante de l’émancipation féminine, en donnant le sentiment d’une plus grande maîtrise corporelle et, partant, d’une plus grande confiance en soi.»

Les progrès en hygiène avec l’accès des femmes à la pratique de certains sports, l’évolution de la vie quotidienne sous l’influence des progrès techniques avec, notamment, l’accroissement de la mobilité et de l’autonomie des individus grâce aux nouveaux moyens de transport, l’élévation du niveau culturel des individus et, plus particulièrement des femmes, enfin, plus près de nous, les bouleversements sociaux induits par les deux guerres mondiales avec la nécessité de recourir aux femmes pour occuper les fonctions des hommes retenus au front, tous ces changements vont donner un poids sans cesse accru aux revendications d’égalité entre les genres des féministes. Le livre de Christine Bard permet de découvrir une belle galerie de portraits de féministes françaises, mais aussi nord-américaines, en même temps qu’il nous incite à prendre du recul par rapport à notre temps, à l’observer en fonction de ce que nous enseigne l’Histoire, une grille de lecture plus sûre que celle de nos émotions et de nos a priori !

Commentaires

femmes du monde entier:à vos pantalons, en avant pour la poursuite de la révolution!

Écrit par : chauvallon | 09/02/2011

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