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02/06/2011

Fabienne BOULIN BURGEAT, ou l’histoire du pot de terre contre le pot de fer (Une longue lutte dont le pot de terre ne sort pas brisé !) - (Café de Flore Femmes 3000 du 1° mars 2011)

F. Boulin - C. Degrain.JPGRobert Boulin a été sauvagement assassiné, comme l’a clairement montré la contre-autopsie réalisée à la demande de sa femme et de ses deux enfants en 1983. D’ailleurs, « Tout le monde sait qu’on ‘l’a suicidé’», entend-on couramment. Mais rares sont ceux qui savent qu’aujourd’hui encore, la Justice n’est pas disposée à élucider ce crime.

C’est au sens de ce silence que nous a invitées à réfléchir Fabienne Boulin Burgeat, venue présenter au Café de Flore de la Fédération Femmes 3000 du 1er mars 2011 son livre et témoignage, « Le Dormeur du Val », publié au premier trimestre 2011 par les éditions Don Quichotte.

Nous publions ci-dessous le compte-rendu de cette soirée, rédigé par Monique RAIKOVIC.

Photo : Christiane Degrain, Femmes 3000 à gauche et Fabienne Boulin Burgeat


 

Fabienne Boulin Burgeat est la fille de Robert Boulin, ce ministre du Travail et de la Participation du gouvernement Giscard d’Estaing, retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979. Chacun sait, aujourd’hui, que Robert Boulin ne s’est pas suicidé par noyade comme cela a été dit, mais qu’il a été assassiné. Ce qu’on ignore encore précisément, c’est par qui, sur ordre de qui et pourquoi. Ce n’est d’ailleurs plus, là, la préoccupation première de cette femme entrée en lutte aujourd’hui contre les atteintes à la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, séparation pourtant inscrite dans la Constitution de notre démocratie. « J’ai fait le deuil de mon père, mais non celui des valeurs auxquelles je crois, nous a-t-elle dit. Il ne s’agit plus, pour moi, d‘une affaire exclusivement familiale. » De ce crime et de ses années de recherches pour établir la vérité, elle a donc fait un cas d’école illustrant la nécessité de veiller sur notre démocratie et sur le strict respect de sa constitution.

Qu’elle n’ait pas été, elle-même, assassinée et qu’elle ait pu – enfin !-s’exprimer dans les médias audio-visuels puis, publier son témoignage, ce « Dormeur du Val », paru en ce premier trimestre de l’année 2011 aux éditions Don Quichotte, voici autant de faits qui démontrent que notre pays demeure, quand même, une démocratie. Ils nous rappellent du même coup que, dans une démocratie, l’opinion publique - et la presse qui l’alimente – est un contre-pouvoir nécessaire et efficace. En effet, Fabienne Boulin Burgeat n’est parvenue à se faire entendre de l’opinion publique qu’à partir du moment où des journalistes chevronnés ont repris l’enquête sur la mort de son père. Mais avant que l’affaire ne parvienne à retenir l’attention de ces éveilleurs de l’opinion publique que savent être - à leurs risques et périls ! -  certains journalistes, Colette Boulin, l’épouse de Robert Boulin et ses deux enfants, Bertrand et Fabienne, sont demeurés longtemps seuls, n’ayant pour les aider à résister aux pressions que leur détermination à faire triompher la vérité coûte que coûte et la force de l’amour qui les liaient les uns aux autres. « Ma mère, mon frère et moi étions soudés dans le combat, comme mon mari [Eric Burgeat], comme nos enfants, discrets mais présents.» relate-t-elle. Et ailleurs, elle écrit encore : «’C’est fou l’amour qui existe au sein de votre famille’, me dit un jour Jean Mauriac. L’amour qui nous liait, l’amour qui nous lie toujours, a permis à chacun de survivre à ce drame »  Colette Boulin et Bertrand Boulin sont morts à quelques mois de distance en 2002. Fabienne Boulin Burgeat a continué seule à se cogner aux fins de non recevoir de la Justice. Mais, maintenant, elle se sait épaulée par des journalistes qui, au cours de leurs investigations, ont recueilli nombre de témoignages importants.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur une affaire qui date de trente ans et dont « Tout le monde sait que le suicide était un crime » ? Parce que le Parquet conteste encore, conteste toujours, la nécessité d’admettre cette évidence. Pourquoi ? Au nom de quelle valeur supérieure à celles défendues par la Constitution ? C’est cela qu’il faut chercher à comprendre. C’est à cela que nous invite à réfléchir Fabienne Boulin Burgeat.

On entre dans ce témoignage comme dans un polar qui fonctionne, à la fois, comme une tragédie grecque et comme un drame shakespearien.

Pourquoi une tragédie grecque ? Parce que le héros marche inéluctablement au devant de son destin, le récit de sa fille fonctionnant – peut-être sans qu’elle l’ait voulu - comme le chœur antique pointant les actes et les décisions du héros chargés d’un futur fatal :1°- Roger Boulin, au ministère des Finances, est demeuré partie prenante de pratiques licites dont il condamnait certaines retombées illicites (Affaires des commissions et des rétro-commissions). 2°- Au nom de la confiance inconditionnelle dont se créditaient a priori les frères d’armes de la lutte contre le Nazisme, Robert Boulin a gardé des liens avec des hommes issus, comme lui, de la Résistance, comme lui entrés en politique, mais aux actions et aux relations sulfureuses. 3 - Ainsi a-t-il fait confiance à Henri Tournet, auréolé de son passé de résistant et, de plus, mari d’une amie d’enfance de sa femme, Colette Boulin. Robert Boulin a fait confiance à cet individu devenu promoteur immobilier, resté proche de Jacques Foccart et circulant dans les cercles du pouvoir, au point d’acheter sur les conseils de celui-ci un terrain pour y faire construire une maison de vacances familiale, projet dans lequel il a mis toutes ses économies [Pour en savoir plus, se reporter à ce qui est dit de l’affaire des terrains de Ramatuelle dans l’encadré sur la presse et l’affaire). Lorsqu’il sera poursuivi par d’autres acheteurs des terrains, Henri Tournet cherchera pour se défendre à mouiller Robert Boulin en prétendant qu’en fait, il y avait eu une tractation de complaisance entre lui et le ministre 4°- Robert Boulin conservait, au Ministère, des dossiers sensibles dans le coffre-fort de son bureau.  Et, alors que chacun de ses déplacements devait être suivi par ceux qui étaient chargés de l’abattre, il a fait rapporter ces documents à son domicile par l’un de ses deux gardes du corps [une haute pile qui ne pouvait passer inaperçue] quelques heures avant de se rendre au rendez-vous dont il ne devait pas revenir vivant.  5° - Membre du RPR, il exprimait clairement sa méfiance envers Jacques Chirac et envers tous ceux qui, avec celui-ci, impulsaient au RPR une dynamique qui lui paraissait trahir le projet gaulliste original. 6°- Ministre du Travail et de la Participation dans le gouvernement Giscard d’Estaing (UDF), il ne rejetait pas l’idée de devenir Premier ministre en remplacement de Raymond Barre, comme le laissait précisément entendre le Président, lequel se servait ainsi de lui pour irriter les dirigeants du RPR. « Raymond Barre ne dit pas autre chose quand il évoque, dans ses mémoires, son éventuel successeur à Matignon : ’Un premier ministre RPR aurait été flingué sur-le-champ, pour reprendre l’expression de Peyrefitte’», rapporte Fabienne Boulin-Burgeat. Mais « flinguer » la carrière d’un homme ne signifie pas forcément assassiner l’homme. Á moins que…« Á sa mort, passé le choc de l’annonce, écrit-sa fille, nous apprîmes au fil du remaillage des faits qu’il avait tenté d’alerter une partie de son entourage sur le sort qui l’attendait. Et en premier lieu ma mère : ‘Ce sont des assassins, ils nous tueront tous’, lui avait-il dit. Comment aurait-elle pu, après cela, croire au suicide ? Il n’allait pas si loin en ma présence, se contentant de formules vagues : ‘Cela finira mal, ils ne veulent pas que je sois Premier ministre, s’ils savaient comme je m’en fous !’ »

Pourquoi un drame shakespearien ? Parce que, contrairement à ceux des tragédies grecques qui sont menés à leur insu par les dieux, le héros shakespearien est conscient de sa place dans la trame du drame qui se joue. Or, cet homme, qui aimait l’action politique est resté vingt années député et quinze années ministre. On ne passe pas quinze années dans les allées des premiers cercles d’un pouvoir au sein duquel on exerce de hautes responsabilités sans être très informé de ce qui s’y fait et très connu de ceux qui y circulent. Au moindre désaccord avec plus puissants ou plus ambitieux ou plus déterminés que soi, on risque de devenir gênant. J’ignore si, dans ces premiers cercles du Pouvoir, le principe selon lequel, quand on désapprouve, on se désolidarise et on s’en va, est, comme dans la mafia, impossible à appliquer. Mais Robert Boulin ne semble jamais avoir envisagé de s’effacer. Sans doute cette idée ne l’a-t-elle-même pas effleuré. Car, cet homme était courageux. Il l’avait prouvé en entrant dans la Résistance à l’âge de 20 ans. Cette fois encore, il a dû décider de résister. Peut-être, a-t-il vraiment pensé pouvoir confondre ses adversaires, ce qui n’a pu qu’accélérer le processus fatal. Que contenaient les dossiers qu’il a fait porter à son domicile privé et qui ont été subtilisés dans les heures qui ont suivi sa mort ? Des informations sur le financement des partis politiques ?  Sur les actions menées en Afrique par certaines de ses relations ?  Sur le dévoiement progressif de certains anciens membres du SAC ? Sur la mort de Jean de Broglie en 1976 ? Des informations sur des faits autres jamais remontés à la surface de l’Histoire contemporaine de notre pays ?… Par ailleurs, les projets de réforme concernant le monde du travail, sur lesquels ce tenant d’un « Gaullisme social» faisait plancher son cabinet, en inquiétaient beaucoup.

Alors qu’une cabale était déjà montée contre lui, avec livraison aux média d’informations laissant subodorer qu’il pouvait être impliqué dans un scandale immobilier, le ministre aurait dit à son fils Bertrand : « Nous allons vivre des temps difficiles. Il y a une meute de gens derrière moi qui veulent me dévorer. Ils croient que je vais devenir premier ministre. D’abord, c’est faux. Barre restera. Ils ont tous peur que j’aille à Matignon. Chirac veut discréditer le Président. Et le RPR fera tout pour discréditer un éventuel successeur de Barre qui serait RPR. Alors comme je leur fait peur, ils sont prêts à tout !» peut- on lire sous la plume de Fabienne Boulin Burgeat, citant un passage de « Ma vérité sur mon père » livre écrit par Bertrand Boulin, son frère, et paru en 1980, chez Stock, [récit rédigé à un moment où Bertrand Boulin et Fabienne Boulin Burgeat croyaient encore, dans leur inexpérience, à la véracité de la thèse du suicide et cherchaient à cerner les causes de ce geste]

Puis, le processus de mise à mort s’est enclenché, un processus dont Colette Boulin, la femme de Robert Boulin, percevait la mise en place depuis des mois, compte tenu des confidences du ministre, certainement. Mais quand elle disait son inquiétude à son fils et à sa fille, ceux-ci ne pouvaient concevoir que la vie - au sens propre - de leur père put être réellement menacée, tant ils étaient, contrairement à leur mère, ignorants de l’âpreté des luttes dans les premiers cercles du pouvoir politique.

Le portrait qu’en brosse sa fille donne à voir, en Robert Boulin, un gros travailleur, habité par le goût de la gestion des affaires publiques plutôt qu’un homme possédé par la passion du pouvoir. C’était aussi indubitablement un homme honnête, car, après tant d’années dans les premiers cercles du pouvoir, il n’a accumulé aucune fortune, ne laissant même pas à ses enfants les ressources nécessaires pour assumer aisément les honoraires des avocats sollicités pour défendre sa mémoire ! Voilà qui ne correspond guère à l’image qu’on se fait d’ordinaire de ceux qui nous gouvernent ! Sans doute, n’aurait-il jamais dû pénétrer dans le cercle de tous les dangers et s’y maintenir pendant tant d’années. Sans doute, aurait-il dû s’en tenir à son rôle de député de la Gironde. Mais, dans notre pays où réussite se confond avec ascension dans l’ordre social, il doit être difficile à un bon fils, bon époux, bon père, et bon citoyen de refuser un maroquin de ministre quand on est député et certain de mériter cette promotion ! De plus, cet homme devait aimer le combat politique : ferrailler pour faire avancer ses projets, imposer ses idées et se tenir en première ligne convenait certainement à son tempérament pour qu’il n’ait jamais paru s’en lasser. Enfin, cet homme devait avoir confiance en ses talents de tacticien qui lui avaient permis de se maintenir aussi longtemps dans les turbulences du pouvoir. Mais probablement que, resté un tacticien plutôt « vertueux » - ce qui était possible dans l’ombre du Président Charles de Gaulle -, il n’avait pas su s’adapter aux dérives d’un après-gaullisme, quant à lui, peu vertueux !

Pour analyser ce drame méthodiquement, il faut lire « Un homme à abattre », l’ouvrage rédigé par le journaliste Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, après cinq années de contre-enquête sur l’affaire Boulin et paru en avril 2008 aux éditions Fayard. « ‘Un homme à abattre’ constitua une bombe à l’encontre des partisans de la thèse du suicide, faisant de manière implacable la démonstration de la réalité de l’assassinat », écrit Fabienne Boulin Burgeat, qui précise par ailleurs : « [ce] livre de cinq cents pages, jamais contesté par quiconque, reste la référence incontournable pour ceux qui veulent tout savoir sur cette affaire. » 

Mais pour cerner ce qu’a été la vie de Fabienne Boulin Burgeat au cours de ces trente années, percevoir la douleur, l’angoisse, la stupeur, la colère et la longue solitude sociale qui ont accompagné son travail de deuil constamment assombri par la découverte de la violence impitoyable des uns, de la lâcheté des autres et de l’indifférence du plus grand nombre, il faut lire « Le Dormeur du Val ». On y découvre une personnalité que ces épreuves ne sont pas parvenues à abattre, qui a su dépasser son propre drame pour s’adresser aux autres et qui, aujourd’hui, puise, dans la reconnaissance de la vérité par l’opinion publique, un grand réconfort et l’énergie nécessaire pour animer une association qui, à travers l’affaire Boulin, œuvre pour la défense de notre Constitution, laquelle impose l’indépendance de la Justice par rapport au pouvoir exécutif, un principe bafoué jusqu’à ce jour dans le traitement de l’affaire Boulin. Á partir de sa lutte pour le rétablissement de la vérité sur la mort de son père, Fabienne Boulin Burgeat a pris conscience de l’importance du courage et de la force de la parole. Cette quête l’a grandie. 

Les adhérentes ont été nombreuses à quitter le café de Flore en emportant le livre « Le Dormeur du Val » dédicacé par son auteure ! Fabienne Boulin Burgeat s’est étonnée et s’est réjouie de la jeunesse de ces adhérentes et futures lectrices. [Mais pour être une Femme 3000, il faut être jeune sinon par l’état civil, du moins par l’esprit, c’est évident !]

Interrogée sur les raisons qui l’ont incitée à écrire ce livre et pourquoi tant d’années après qu’elle ait rassemblé des preuves de l’assassinat de son père, Fabienne Boulin Burgeat nous a expliqué qu’à la suite du refus du procureur général de la cour d’appel de Paris opposé, le 8 juin 2010, à sa demande de réouverture de l’instruction sur les causes de la mort de son père, elle avait décidé de prendre à témoin l’opinion. D’où l’idée de ce livre de témoignage. « Il y avait déjà ‘Un homme à abattre’, aboutissement de la remarquable contre-enquête de Benoît Collombat. Pendant trois semaines je me suis demandé comment faire entendre ma voix sans qu’elle ne soit qu’un inutile écho de celle de ce journaliste. J’ai décidé de raconter très exactement ce que j’avais vécu, ma propre approche de ce drame. Aujourd’hui, j’estime que nos ouvrages se complètent plutôt bien.

« Les manœuvres d’intimidation ont été très fortes avant et après que ma mère, mon frère et moi ayons déposé plainte. Les insinuations calomnieuses n’ont pas manqué non plus. [On a laissé entendre que Robert Boulin souffrait d’une grave dépression secondaire aux mœurs dépravées des siens, thèse que soutint Valéry Giscard Destin jusque dans ses mémoires ; puis on a dit que la famille Boulin rejetait la thèse du suicide parce qu’une telle mort l’empêchait de toucher l’assurance vie contractée par Robert Boulin… On a dit… Arrêtons-là, car tant de calomnies reprises par certains journaux, donnent la nausée ! ] Je ne m’étendrai pas sur ces procédés, nous a-t-elle d’ailleurs averties. Mais sachez qu’outre les visites à nos domiciles de faux agents de France Télécom, ma mère, un jour, a retrouvé son chien mort, tué de deux balles dans la tempe ! J’ai passé dix ans de ma vie avec la peur au ventre. Mais je n’ai plus peur. Je vis seule, dans une maison isolée. Dans ce genre de combat, il y a toujours une part de risque que j’assume. Il faut être raisonnable, réfléchir, analyser, faire attention, mais sans plus. En 2007, à Libourne, après avoir rempli une salle de sept cents personnes convaincues de l’assassinat, je me fis rappeler par un député de la majorité, dont je tairai le nom, que j’étais écoutée et suivie. Il me conseilla de bien regarder en traversant la rue et s’étonna de la sérénité de ma réaction : non seulement je le savais mais je m’en accommodais fort bien. J’ai appris à vivre avec ce fardeau sans lui donner trop de place. Et puis, j’ai toujours refusé de devenir une obsédée de l’affaire Boulin. Ma vie est aussi faite d’autres combats avec leurs joies et leurs difficultés. Je n’ai jamais autant parlé de l’affaire Boulin que depuis la promotion du « Dormeur du Val ». Je dois ce titre à des internautes qui se mirent, un jour, à parler de ‘l’homme sur la photo de l’identité judiciaire’, largement publiée dans la presse, comme du ‘Dormeur du Val’. Depuis la mort de ma mère et de mon frère en 2002, je poursuis seule ce combat, soutenue par mon mari, mes enfants et l’association Robert Boulin-pour la vérité, association loi 1901 que j’ai créée et dont la ville de Libourne est membre d’honneur. Et puis, plus je parle, plus on m’entend, plus je suis protégée ! Mais vouloir que la Justice accomplisse enfin sa mission implique des frais d’avocats très lourds. Le livre, qui marche très bien en librairie, servira aussi à cela en même temps qu’il aidera peut-être les Français à prendre conscience de ce qu’est devenue la vie politique de leur pays. Edwy Plenel l’a lu. Il a dit être sidéré de découvrir l’affaire Boulin à travers cette lecture et seulement maintenant, il a dit qu’il était passé complètement à côté… Sans doute ses fonctions à la tête du journal le Monde l’avaient-elles amené à s’intéresser à d’autres choses.» souligne-t-elle, quand même !

Comme quelqu’un dans l’auditoire lui faisait remarquer qu’on ne trouvait pas cet ouvrage sur les rayonnages réservés aux livres dans les grandes surfaces et s’en étonnait, Fabienne Boulin Burgeat a signalé qu’elle avait déjà constaté ce phénomène de façon tout à fait nette pour le livre de Benoît Collombat, « Un homme à abattre ». Comme si, l’affaire Boulin, trente ans après la mort de celui-ci, faisaient encore peur à beaucoup ! « Les auteurs du meurtre se savaient parfaitement couverts car ils ont laissé stupidement une multitude d’indices, fait-elle observer. Mais les commanditaires de cet assassinat n’avait pas prévu l’opiniâtreté courageuse de la famille Boulin à faire parler ces indices retrouvés peu à peu. Nous reportant au livre pour plus de rigueur dans la formulation de l’événement, on relève sous la plume de Fabienne Boulin Burgeat qu’en 2007, « Après que le procureur Le Mesle nous eût notifié, le 16 octobre, sa décision de rejeter notre demande de réouverture de l’instruction, mon avocat, Maître William Bourdon déclara à la presse : ‘Ce refus n’est pas compréhensible car les éléments forts que nous apportons [les résultats des investigations de Benoît Collombat et les précisions données par Raymond Barre dans ses mémoires, quant à l’heure à laquelle il avait été informé de la mort de Robert Boulin] font exploser la thèse officielle. Mais c’est compréhensible parce que rouvrir l’affaire Boulin, c’est ouvrir une boîte de Pandore’. Et il semble que cela le soit encore aujourd’hui. Car, le 25 mars 2010, après que Fabienne Boulin Burgeat et son avocat actuel, Maître Olivier Morice, aient demandé une réouverture du dossier pour pratiquer une recherche ADN sur les lettres posthumes attribuées à Robert Boulin, comme on l’avait fait dans l’affaire Grégory, il s’est avéré que, même au niveau de la justice, la notion de recherche de la vérité pouvait s’entendre différemment selon la nature des cas envisagés. En effet, le 31 mai suivant, « au cours d’une conférence de presse à Libourne, dans la ville dont mon père fut maire, sans même attendre la décision du procureur, Madame Alliot-Marie s’est prononcée fermement contre notre demande de réouverture, [déclarant publiquement] :’Le dossier est clos et, en l’absence d’éléments nouveaux, je m’en tiens aux décisions qui ont été prises »relate encore Fabienne Boulin Burgeat, qui poursuit : « Ces propos ne nous [elle et son avocat] avaient pas seulement inquiétés, ils nous avaient profondément indignés. Comme doivent s’en indigner tous ceux qui croient encore en la nécessité de défendre, contre les attaques continuelles dont il fait aujourd’hui l’objet, le principe de la séparation des pouvoirs, celui d’une justice indépendante et sereine, non asservie au pouvoir exécutif, qui est le fondement même de notre démocratie. Est-ce parce qu’il estimait n’avoir rien à ajouter aux propos de sa ministre que [le procureur]Falletti omit de nous informer que notre requête était rejetée ?ironise-t-elle. Ou était-il sous le coup de l’émotion d’avoir à nous faire l’incroyable aveu d’une nouvelle disparition des pièces du dossier judiciaire ? Un tome entier de la procédure, mais aussi, par un singulier hasard, les scellés contenant les lettres sur lesquelles nos avions demandé une analyse ADN s’étaient volatilisés. L’opinion publique fut particulièrement sensible à cette énième disparition de pièces du dossier Boulin. Les journaux s’en firent largement l’écho. Nos scellés, signalés manquants en juin, réapparurent le 8 juillet, comme par miracle. Mon avocat et moi en fûmes informés par la presse. Nous avons demandé au parquet de nous fournir toutes les précisions sur les circonstances de la disparition des scellés et les précautions prises pour les protéger, ainsi que la liste exhaustive des documents et autres scellés détenus par la justice. Au moment où j’écris ces lignes, à l’automne 2010, j’attends toujours une réponse précise à ces demandes »

Contrairement aux potentats d’aujourd’hui qui, comme ceux d’hier, sans la moindre gêne, éliminent physiquement leurs opposants, ceux qui nous gouvernent préfèrent généralement recourir au scandale –vrai ou faux – qui envoie l’adversaire dans les cordes du ring « médiatico-électoral », conformément à l’adage : « Calomniez ! Calomniez ! Il en restera toujours quelque chose ». S’ils « flinguent » ceux qui se mettent en travers de leurs ambitions, c’est plus souvent par le biais du Canard enchaîné que par l’intermédiaire d’hommes de main. Mais, parfois… Le meurtre comme moyen de réduire au silence celui qui sait ou cherche à savoir ce qui doit demeurer tu, a fait d’autres victimes que Robert Boulin sous la Vème République. Mais celles-ci n’ont pas eu de Fabienne Boulin Burgeat pour les empêcher de tomber dans l’oubli, semble-t-il, le juge Bernard Borrel assassiné à Djibouti, le 19 octobre 1995, excepté. D’ailleurs, Fabienne Boulin Burgeat relève bien des similitudes dans la manière initiale de traiter les deux affaires et écrit : « Les similitudes entre les deux affaires sont nombreuses, jusqu’aux termes employés par les autorités pour fermer les dossiers », ajoutant, à propos d’Élisabeth Borrel, l’épouse du juge assassiné, et de ses fils : « On peut se lasser de voir son honneur bafoué, surtout lorsqu’on n’a aucun moyen de tuer la calomnie à la source. Élisabeth Borrel a tenu tête et, au cours d’une bataille admirable conduite par Maître Olivier Morice, elle et ses fils sont parvenus à faire reconnaître l’assassinat de leur époux et père.»Elle écrivait ces lignes à l’automne 2010, précisant qu’à ce moment- là, l’affaire Borrel était encore en cours d’instruction au tribunal de Paris.

Comment expliquer de tels « dérapages » ?

Parce que le pouvoir politique isole et transforme à ce point les hommes que, la plupart de ceux qui parviennent à le détenir, finissent par confondre la défense de l’État avec celle de leurs propres intérêts ? Parce que les lois qui régentent la société n’ont pas cours dans l’environnement du pouvoir ? Parce qu’il est rare de réussir à se maintenir au pouvoir sans se salir les mains et que tout témoin devient gênant quand il est insuffisamment impliqué ou pas assez solidaire ? Plus probablement et plus banalement, il doit se trouver périodiquement des individus pour franchir les limites du constitutionnellement tolérable et pour recourir à des comportements mafieux. Mais ce serait faire injure à la démocratie que de tirer de ces cas particuliers, une loi générale. Néanmoins, aujourd’hui, l’opinion publique se désintéresse rapidement du cas des hommes politiques français « suicidés », convaincue que celui qu’on a fait taire ou empêché d’agir ne valait certainement pas mieux que les commanditaires de son assassinat ; qu’en politique, c’est toujours « un pour tous et tous pourris », pour paraphraser très approximativement Coluche. Et ceux qui nous gouvernent ne s’interrogent guère sur les motifs qui leur ont fait perdre l’estime de leurs électeurs. Ils se réjouissent plutôt de voir le silence qu’ils imposent rencontrer l’indifférence de l’opinion, un bref instant agitée par la curiosité. Comme en témoigne Fabienne Boulin Burgeat à travers cette anecdote : Mesrine a été tué le jour où, à Libourne, étaient célébrées les obsèques de Robert Boulin auxquelles assistait Raymond Barre. Et le docteur Pierre Simon, présent dans l’avion ramenant le Premier ministre à Paris, a entendu un conseiller du ministre se féliciter de la mort de Mesrine « qui aurait comme conséquence avantageuse de reléguer l’affaire Boulin au second plan dans les médias ».

Bien entendu, c’est au nom de l’intérêt général que le pouvoir exécutif bâillonne les grands médias et dicte sa conduite au pouvoir judiciaire. Ce dont ne sont dupes ni les médias, ni le pouvoir judiciaire qui se laissent bâillonnés. En comparant les témoignages de Benoît Collombat et de Fabienne Boulin Burgeat aux premières déclarations officielles accréditant la thèse du suicide de Robert Boulin et largement reprises dans les médias, on se dit que l’intoxication de l’opinion publique ne se pratique pas que dans les dictatures. Tout au long de ces témoignages, transparaît que, dans notre pays, sans même être mise en cause par le pouvoir, la liberté de la presse, la rigueur de l’information peut se trouver altérée par des individus soucieux avant tout de préserver leur tranquillité et leur carrière, ou bien par d’autres qui informent en fonction des intérêts du camp politique auquel ils appartiennent, confondant information et propagande. Fabienne Boulin Burgeat, se référant à Etienne de la Boétie appelle cela « la servitude volontaire » de ceux qui vivent des miettes que leur concède le pouvoir en place.

En lisant le témoignage de Fabienne Boulin-Burgeat, on pense plus d’une fois au message de « La tête des autres », cette critique grinçante de la Justice, qu’on doit au talent de Marcel Aymé. D’ailleurs, depuis l’Antiquité, comme pour nous avertir, nous tenir en éveil, le théâtre – et aujourd’hui, le cinéma – ne cesse de mettre en scène les dévoiements des « Puissants » sous l’effet de la passion du pouvoir et les silences d’une Justice inféodée aux « Puissants». Ce qui tendrait à prouver que les hommes d’aujourd’hui sont psychologiquement tout à fait semblables à leurs aïeux ! Mais il se peut que ces dérives puissent bientôt être contrées. Car, si nos passions sont les mêmes que celles de nos ancêtres, nos moyens d’information quant à eux, ont prodigieusement changé. Avec l’entrée dans l’ère de l’internet, l’opinion publique se trouve tirée de son apathie, stimulée quasi malgré elle par le développement fulgurant des nouveaux moyens d’information. La multiplicité des sources qui alimentent les sites rend difficile leur contrôle par le pouvoir en place, surtout dans une démocratie ! Ce qui devrait contribuer rapidement à modifier les relations entre gouvernants et gouvernés. Le formidable allongement de la durée moyenne de vie devrait, lui aussi, inciter nos dirigeants à plus de vertu civique. Car, tout comme eux-mêmes, les témoins de leurs éventuelles vilenies disparaîtront de moins en moins rapidement et bien des « affaires » risqueront de se trouver réactivées. Du moins devrait-il en être ainsi dans les démocraties dignes de ce nom, dans notre pays notamment.

La démarche obstinée, héroïque – j’insiste sur héroïque, compte tenu du contexte ! - de cette femme démontre combien la résignation est une faiblesse et la vigilance, une nécessité, même en démocratie. Et, bien qu’il se produise à retardement, le retentissement de ce meurtre dans l’opinion publique, aujourd’hui, nous autorise à penser que si les Français se défient de ceux qu’ils portent au pouvoir, leur attachement à la démocratie demeure fort.

La décision du procureur le Mesle, en octobre 2007, de clôturer le dossier a fait redémarrer un nouveau délai de prescription de dix ans. Il reste donc, aujourd’hui, six ans à Fabienne Boulin Burgeat pour écrire l’épilogue de son livre, tâche à laquelle elle ne s’attellera que « le jour où la vérité sera faite », précise-t-elle dans le dernier chapitre qu’elle a intitulé « Ceci n’est pas un épilogue ». « J’ai encore six ans pour trouver des faits nouveaux, nous a-t-elle dit. Or, les témoins, qui vieillissent, ont envie de parler. Et j’aimerais voir enfin un juge d’instruction écouter ces personnes. J’aimerais aussi rencontrer la juge Laurence Vichnievsky nommée juge d’instruction au Tribunal de grande instance de Paris le 9 janvier 1991 et chargée du dossier Boulin en remplacement du juge Verleene. Son prédécesseur nous avait demandé de laisser du temps à celle qui lui succédait, le dossier étant énorme. Mais, dès le 17 janvier 1991, elle transmettait le dossier au parquet pour règlement. Et, quand, en septembre, le dossier lui revint, dix-huit jours plus tard, le 20 septembre 1991, elle rendit une ordonnance de non-lieu conforme aux réquisitions du procureur. »Ce dossier, qu’elle ne semble jamais avoir lu, compte tenu du temps que cela lui aurait demandé, à moins qu’elle en ait fait son livre de chevet pendant la période des vacances judiciaires, la juge Laurence Vichnievsky l’a fermé, sur la formule  : « Sauf à retenir comme certaine l’existence d’une vaste conspiration…. »relate dans son livre, Fabienne Boulin Burgeat. La juge a-t-elle tenu à signifier ainsi que, pour elle, il était impensable que, dans notre pays, un dossier judiciaire puisse être l’objet d’une vaste conspiration du silence, laquelle nécessiterait, elle-même, l’existence d’un vaste complot politico-judiciaire ?... « J’aimerais rencontrer cette personne pour comprendre, seulement pour comprendre, a poursuivi Fabienne Boulin Burgeat. Je vais aussi, et pour la première fois, m’autoriser à aller voir les témoins encore vivants [ce qu’elle et les siens s’étaient toujours interdits, autant par éthique que pour ne pas être suspectés de chercher à user d’influence sur ces personnes]. Maintenant, et depuis 1992, on a dit ce qu’il fallait dire sur l’affaire Boulin, ce ministre en exercice frappé à mort, fait inédit dans l’histoire de la République ! Mais, tant que les hommes politiques ne s’en saisissent pas, c’est comme si l’affaire n’existait pas.» constate-t-elle.

Et pourtant, aujourd’hui, l’affaire n’a jamais autant « existé » dans l’opinion publique, et ce, grâce aux médias, enfin ! 

Mais qui a ordonné l’assassinat de Robert Boulin ? Á cette question, Fabienne Boulin Burgeat répond : « C’est à la Justice de le dire. Je ne me permettrais pas de donner le moindre nom. ».

Il faut lire cette quête de la vérité et s’arrêter sur la prise de conscience civique qui en est résulté pour son auteure, laquelle nous adresse ce message en guise de conclusion : « En trente années de combats, j’ai aussi appris que nos droits et libertés fondamentales ont vite fait de s’user si l’on ne s’en sert pas. La vigilance citoyenne, la défense des libertés publiques et individuelles, doivent être exercées jour après jour par chacun de nous. Chez soi, autour de soi, dans son quartier, son travail, l’école et les palais de justice. ».

Le témoignage de Fabienne Boulin Burgeat suit les méandres des découvertes, des sentiments, des prises de position de l’auteure, part de l’aval, revient en amont, redescend le cours des batailles de procédures, remonte les contre-enquêtes des journalistes... Un rythme brisé qui convient parfaitement à la progression de cette quête de la vérité par des protagonistes sans expérience des arcanes policiers et judiciaires. La rigueur chronologique ne s’impose à Fabienne Boulin Burgeat que pour nous faire revivre jour après jour, heure par heure, la période du drame, telle qu’elle a dû se la répéter souvent. Tandis qu’en bas de page, et comme en contre-point des phrases chargées d’émotion, court d’un bout à l’autre du livre, une chronologie, précise et sèche, des temps importants de l’affaire. Enfin, la parole de témoins et de journalistes vient faire écho à celle de l’auteure. Ce témoignage qu’on lit le cœur battant, s’avère au final un authentique document historique.

Fabienne Boulin Burgeat a certainement beaucoup appris sur notre société en trente années de lutte, mais à quel prix ! Du moins approche-t-elle du but qu’elle poursuit au nom de son père et des vertus démocratiques auxquelles elle continue à croire. Sait-elle où se rendait Robert Boulin, seul, au volant de sa voiture personnelle, en cette fin d’après-midi du lundi 29 octobre 1989 ? Vers 17h, M.G., un automobiliste, reconnaît Robert Boulin remontant la rue de Paris, à Montfort-l’Amaury. Le ministre est à pied, il a l’air pressé. Interrogé par téléphone, en 1984, sur le fait qu’il est la dernière personne à avoir vu Robert Boulin vivant, M.G. nie et raccroche sans explication.

Si, aujourd’hui, Fabienne Boulin Burgeat ne sait toujours pas à quel rendez-vous se rendait son père, par contre, elle n’ignore plus, « qu’il est mort après avoir été tabassé, probablement victime d’un arrêt cardiaque lors d’un‘ supplice de la baignoire’. » A-t-on cherché à lui faire dire s’il possédait des dossiers compromettants pour les commanditaires de son assassinat autres que ceux ramenés chez lui ?  Ou a-t-on voulu seulement faire peur à tous ceux qui auraient pu avoir des choses à dire ?

En dépit de tout ce qui a été dit et écrit sur l’affaire Boulin, aujourd’hui encore, des tenants de la thèse du suicide s’efforcent de se faire entendre !  Ainsi, le journaliste Jean-Marie Pontaut – « l’un des derniers journalistes à s’accrocher à la thèse du suicide », précise Fabienne Boulin Burgeat -a publié dans le magazine l’Express, en date du 20 mai 2010 une interview du garde du corps de Robert Boulin, Maxime Delsol, lequel s’obstine à continuer à témoigner dans ce sens. En effet, ce policier exprimait à nouveau sa conviction du suicide, dans le journal Sud-Ouest, le 13 juin 2010, nous apprend Fabienne Boulin Burgeat.  Or, il semble bien que ce policier ait trahi la confiance de Robert Boulin. Peut-être sa fonction auprès de Robert Boulin était-elle, d’ailleurs, d’informer des éléments de sa hiérarchie sur les faits et gestes du ministre ? Où commence, où s’arrête la fonction d’un policier garde du corps d’un ministre ?

Autre tentative de désinformation récente, en octobre 2009, à Libourne, lors d’un colloque d’historiens consacré à Robert Boulin, où il avait été décidé qu’aucun participant ne devrait aborder la question du décès du ministre du Travail et de la Participation, un intervenant n’a pas respecté ce mot d’ordre : c’est le Professeur Éveno, de l’Université Paris I qui a fait une communication sur « L’image de Robert Boulin dans les médias.» Fabienne Boulin Burgeat rapporte : « Il reprit les arguments des partisans de la thèse du suicide, sans jamais préciser – ce qui est difficilement compréhensible de la part d’un historien des médias – que cette thèse était sérieusement contestée […] par la quasi-totalité de la presse écrite et audiovisuelle familière du sujet. » Dans le curieux portrait qu’il a dressé de Robert Boulin, il n’a pas hésité à présenter celui-ci comme un « affairiste », l’accusant d’avoir cumulé ses fonctions de ministre avec celles de membre de différents conseils d’administration. Alors qu’une petite enquête lui aurait permis de vérifier que Robert Boulin n’avait exercé ces charges d’administrateur que durant les trois années où il n’avait pas été ministre, son éthique personnelle lui interdisant le cumul des fonctions, bien que cette pratique ne fût pas illégale ! [Ce que pourrait aisément établir Fabienne Boulin Burgeat qui, parmi les rares documents de son père qui n’ont pas été volés, détient encore une lettre de démission en ces termes]. Puis, le Pr Éveno évoqua la responsabilité de Robert Boulin dans l’affaire du talc Morhange, dont il avait autorisé la mise sur le marché en tant que ministre de la Santé. Bien entendu le Pr Éveno, s’il rappela ce drame, n’ajouta pas que le long procès, qui en découla, mit en évidence que l’accident avait été dû à une erreur technique lors de la fabrication d’un lot de talc, mais que la formule autorisée par le ministère de la Santé était, quant à elle, hors de cause. Fabienne Boulin Burgeat, qui n’avait été autorisée à suivre le colloque qu’à condition de ne pas intervenir, a invité depuis cet historien à « satisfaire au devoir de ‘détruire les histoires fausses, démonter les sens imposteurs ‘ auquel son collègue Olivier Dumoulin, spécialiste des pratiques historiographiques en France, exhorte tout historien et au-delà tout honnête homme. » Mais quel but poursuivait donc cet universitaire, en 2009, contre toute évidence, et au nom de qui ? Quels sentiments a éprouvé l’auditoire en écoutant ces propos ?

Vous trouverez ci-dessous des encadrés qui vous permettront de pénétrer plus avant dans la longue quête de Fabienne Boulin Burgeat et de quelques grands journalistes d’investigation. Peut-être aurais-je dû vous égrainer le chapelet des procureurs et des juges- des procureurs, surtout ! - qui ont eu à traiter de l’affaire Boulin, vous raconter l’envol des archives du ministre, vous dresser un tableau des différents horaires avancés pour la mort du ministre, vous énumérer les disparitions de scellés… Lisez plutôt le livre !

Monique Raikovic

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14:37 Publié dans Café de Flore | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : femmes3000

Commentaires

Excellent article, passionnant !

Merci de tout cet éclairage et envie de lire
et veiller, vigilance.

je vais le transmettre, si vous voulez bien,
à d'autres.

Bienfaits d'internet.

merci bcp !

Écrit par : DOMINIQUE GANTELME | 02/06/2011

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