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06/06/2011

Viviana Mantragola et Laura Garavini témoignent de leur engagement contre les mafias

Article rédigé par Monique Raikovic.

Aujourd’hui plus qu’hier, le crime organisé ne se limite pas au trafic de drogue et à la prostitution. D’ailleurs, en 2010, à l’ONU, ce fléau, devenu transnational, a été déclaré : « menace première de l’ordre mondial », tellement est grand son pouvoir de nuisance au sein des sociétés civiles ! Le témoignage de ces deux jeunes femmes italiennes confrontées au crime organisé et convaincues que la société civile ne doit pas se laisser étouffer par « la  pieuvre » mais réagir, ne saurait laisser indifférentes les adhérentes de Femmes 3000.

En Italie, chaque année depuis le 21 mars 1995 – premier jour du printemps et symbole de renouveau, d’espérance – Libera1 célèbre la mémoire des victimes du crime organisé, manière éclatante d’affirmer la mobilisation de la société civile au côté des familles des victimes et face aux mafias.


La réunion, à Paris, le 4 avril 2011, intitulée « Soirée de la mémoire des victimes et de la mobilisation de la société civile face au crime organisé » s’inscrit donc dans le prolongement de la manifestation italienne du 21 mars dernier. Organisée par Fabrice Rizzoli2 avec le concours de F.L.A.R.E.3, de Libera Memoria Internationale, de « Mafia ? Nein, danke ! » – association antimafia en Allemagne – et le soutien d’autres mouvements4 ou associations4, cette soirée de réflexion a débouché sur un rapprochement a priori dérangeant, mais parfaitement justifié, entre crime mafieux et crime politique, comme ont pu s’en convaincre -et nous en convaincre - Elizabeth Borrel, Fabienne Boulin, Agil Khalil (journaliste menacé en Azerbaïdjan) et Ilya Politkovsky (fils d’Anna Politkovskaja, la journaliste assassinée en 2006 à Moscou), également invités à participer à ce débat.

Viviana Mantragola raconte sobrement : « Je vais vous raconter l’histoire de Renata Ponte : jeune fille, elle avait quitté le village où elle était née pour suivre son mari ; jeune femme, elle avait eu trois enfants et s’était engagée dans la vie politique italienne. Revenue vivre dans sa région natale avec ses trois enfants et devenue adjointe au Maire de son village, chargée de la culture, Renata Ponte a souhaité la conservation d’un parc proche de la zone d’habitation, demandant ainsi la sauvegarde d’un territoire pour lequel la mafia avait d’autres projets. Elle s’est alors dressée contre la mafia dont elle n’a plus cessé de dénoncer les manœuvres, à la fois sur les ondes et dans la presse écrite. Le 31 mars 1984, ses trois enfants ont attendu en vain son retour à son domicile : elle avait été abattue de deux balles dans la tête. Elle était âgée de 33 ans. Cette jeune femme, c’était ma mère. La mafia a fait de mon enfance, de mon adolescence, un monde en noir et blanc. Ma rencontre avec Don Luigi Ciotti, fondateur de Libera, a été un coup de tonnerre dans ma vie sans couleur. Don Ciotti m’a permis de transformer ma souffrance en engagement. Sous sa férule, j’ai rédigé un mémoire sur le bon usage des biens confisqués à la mafia. Puis, j’ai commencé à travailler avec des familles de victimes comme il l’avait fait avec moi, en les prenant par la main, en les amenant à agir ensemble. Aujourd’hui, je suis responsable de ce réseau de familles de victimes innocentes de la mafia, dénommé « Libera Memoria Internationale ». D’une démarche de dénonciation, nous sommes passés à l’affirmation de notre droit à l’indignation et nous avons décidé de briser le silence imposé par la mafia sur ses actions. Nous sommes convaincus que la conservation de cette mémoire des victimes de la mafia nous oblige et nous fait honneur. Nous sommes persuadés que, dans les moments où la vie civile implique des choix, ces opposants au crime organisé peuvent servir d’exemple à chacun. »

Laura Garavini la battante, attaque : « En avril 2008, j’ai été élue à la Chambre des Députés, en tant que représentante d’environ deux millions d’Italiens expatriés, vivant en Europe et qui, depuis 2006, ont le droit d’élire leurs représentants à la Chambre. Mon parti, le Parti Démocratique (P.D.), dirigé par Walter Veltroni, a su rallier les voix des Italiens expatriés en Europe. Ma circonscription, c’est L’Europe. Elle s’étend de Gibraltar à Vladivostok, de Reykjavik à Ankara, elle comprend tous les pays européens, sauf l’Italie. Á la Chambre, je suis membre de la Commission des Affaires Européennes. En tant qu’Italienne européenne et Européenne italienne, c’est la place qui me convient le mieux. Et je réside à Berlin. En août 2007, à Duisburg (Allemagne) six Italiens étaient abattus par des hommes de la ndrangheta (la mafia calabraise). Un crime qui a choqué l’opinion publique en Allemagne et au-delà, à travers l’Europe. Dans les journaux allemands, on pouvait lire des titres tels que ‘ Qui dit pizza, dit mafia’. Bien entendu, j’étais, moi aussi, choquée par ce massacre, mais j’étais également en colère contre les médias allemands qui laissaient entendre que tous les Italiens étaient des mafieux, ce qui est complètement faux et déforme l’image des Italiens expatriés, lesquels sont, dans leur grande majorité, d’honnêtes gens. J’ai pensé qu’il fallait réagir immédiatement. Et, puisque la mafia était capable d’agir en dehors de l’Italie, il nous fallait réagir de même. A mon avis, c’était l’anti-mafia qui devait faire la Une des journaux, non la mafia !»

S’inspirant de l’initiative « Addiopizzo » (« Adieu extorsion ») en Sicile, dès le lendemain du massacre de Duisburg, Laura Garavini prenait contact avec des restaurateurs italiens installés à Berlin, qu’elle connaissait bien et qui ont adhéré à son projet. Le 21 août, une conférence de presse organisée à Berlin, sur le thème : « Mafia ? Nein, danke ! » faisait salle comble avec des journalistes venus de toute l’Allemagne. Et dès le lendemain de cette conférence de presse, on pouvait lire à la Une des quotidiens allemands : « Les restaurateurs italiens disent non à la mafia ! ». Dans la foulée, « Avec le concours de l’Union des Italiens dans le monde (U.I.M.), nous avons constitué un réseau de restaurateurs italiens à l’étranger, leur demandant de s’engager par écrit à dénoncer immédiatement à la police toute tentative d’extorsion, relate Laura Garavini. Nous les invitions également à ne pas passer des marchés avec des organismes contrôlés par les mafieux. Et nous collions des affiches « Mafia ? Nein, danke ! » sur les portes, sur les fenêtres des salles des restaurateurs engagés à nos côtés. Les réactions des autorités, tant allemandes qu’italiennes, ont été très positives. Ce qui était indispensable, compte tenu des représailles auxquelles il fallait s’attendre de la part de la mafia. En septembre, effectivement, des personnages menaçants se sont présentés dans un de ces restaurants berlinois, se souvient Laura Garavani. Le réseau a réagi en montant la garde autour de l’établissement et la police a décuplé le nombre de ses tournées de nuit dans les parages. Au total, 44 restaurateurs ont eu le courage de dénoncer les menaces qui leur ont été adressées. Certains d’entre eux avaient quitté la Sicile, la Calabre pour échapper à ces raquetteurs mafieux et les avaient retrouvés en Allemagne. Mais, cette fois, ils ont eu le courage de signaler les faits à la police. Des actions analogues ont été menées à Cologne, à Villingen. »

La police berlinoise et la Commission anti-mafia du Parlement italien ont expressément remercié « Mafia ? Nein, danke ! ». Depuis, l’association poursuit son action, travaillant en liaison avec des mouvements anti-mafia de l’Italie du sud dont elle invite des représentants à participer aux débats sur la légalité qu’elle organise dans les lycées berlinois.

Racket, meurtres et économie parallèle

Pour prendre conscience du courage qu’implique la détermination de la discrète Viviana Mantragola et de la très réactive Laura Garavini, il faut garder présent à l’esprit ce que sont les mafias, ce que représente le crime organisé. Pour s’en faire une juste idée, les participants à cette soirée disposaient d’un dossier de « Reporters sans frontières », intitulé « Crime organisé, main basse sur l’information » et réalisé par le journaliste Benoît Hervieu, avec le concours des correspondants de cette organisation internationale pour la liberté de la presse. On y apprend que le crime organisé, phénomène transnational, « ne se réduit pas à du règlement de comptes sanglant ou à du fait-divers ». « [S’il] se superpose souvent à une délinquance violente, faite de racket, d’enlèvements et de meurtres, il renvoie également à une réalité économique et géopolitique.[…]Il consiste en une véritable emprise de l’économie parallèle sur l’économie légale que la presse a les plus grandes difficultés à décrire.[…] Loin de vouloir renverser les socles politiques, économiques ou médiatiques des sociétés, le crime organisé a, au contraire, tout intérêt à y prendre part et à s’en servir. Aussi, quand la presse n’est pas victime du crime organisé, [il faut savoir que dans la décennie 2000, 141 journalistes et collaborateurs des médias ont perdu la vie dans des représailles et attentats attribués à des groupes criminels !], elle risque d’être actrice ou rouage d’un système parallèle auquel elle offre de possibles débouchés. » Et ce journaliste de citer à titre d’exemple, le cas de Mikhaïl Tchory, homme d’affaires russo-israélien actionnaire majoritaire au sein du journal bulgare « Standard » : « Convaincu de blanchiment d’argent et sous le coup d’un mandat d’arrêt d’Interpol, cet homme a néanmoins conservé ses titres de propriétés par l’intermédiaire de prête-noms.»

Corruption et crime politique lient les États aux mafias

Bien entendu, nous sommes portés à penser que les pays d’Europe de l’ouest ne sont pas devenus, ni en train de devenir, tel le Mexique, « des bouilloires criminelles »pour paraphraser Benoît Hervieu. C’est oublier un peu vite que la mère de Viviana Mantragola a été assassinée par la mafia et qu’en Italie, aujourd’hui, une dizaine de journalistes travaillent, vivent sous protection policière, de même que quelques autres Italiens, acteurs, chanteurs ou écrivains dont la voix porte loin…  Il faut peser les termes de cette définition de la mafia que donne « Reporters sans frontières » : « Désignant à l’origine une société secrète et initiatique, le terme de mafia s’applique aujourd’hui à l’ensemble des organisations criminelles dotées d’une capacité d’infiltration au sein des rouages de la société, parfois au cœur même de l’État. Les mafias russes et balkaniques, aujourd’hui en plein essor depuis la chute du Rideau de fer, répondent à ces dernières caractéristiques, comme les mafias ‘historiques’ italiennes ou japonaises.» Ce qui explique que la corruption et le crime politique puissent constituer en tous pays des passerelles entre des organes d’État et les mafias.

Ilya Politkovsky, le fils d’Anna Politskovskaja, la journaliste russe assassinée, a relevé que, jusque là, ce phénomène lui avait échappé : « J’ai été surpris de recevoir une invitation à participer à cette réunion de la part de F.L.A.R.E car je ne voyais pas en quoi le drame vécu par ma famille pouvait être relié à l’histoire de la mafia, a-t-il expliqué. Maintenant, après les témoignages entendus ici, ce lien me paraît évident. Dans l’assassinat de ma mère, si l’on possède quelques informations sur les exécutants, on ne sait toujours rien, officiellement, sur les commanditaires. Néanmoins, une enquête indépendante, menée par le journal dans lequel elle travaillait, a pu établir que ma mère était suivie par des employés du Département chargé de la surveillance des personnes au sein du Ministère de l’Intérieur. Après l’assassinat de ma mère, il y a eu encore ceux d’un avocat et d’une journaliste travaillant pour le même support que ma mère. Il a été reconnu que ces crimes étaient le fait de membres de l’Ultra-Droite russe. Il s’agit de tueurs professionnels qui possèdent à domicile de véritables arsenaux, organisent des meurtres de non-Russes et vivent dans une totale impunité. Une telle structure ne pourrait exister sans la protection de quelques personnages haut placés. Et, d’après des avocats, s’ils ont pu être arrêtés, c’est parce qu’on n’avait plus besoin d’eux. De toute manière, dans ces cas-ci, non plus, les commanditaires du crime n’ont pu être identifiés. Un milieu politique où les commanditaires d’assassinats de défenseurs de la société civile, vivent dans l’impunité, représente effectivement un terrain favorable au développement du crime organisé dont les exécutants agissent soit pour de l’argent, soit sur ordre ! »

Le Politique commande le crime, le mafieux le commet

Et Fabienne Boulin, auteure du « Dormeur du val », ouvrage consacré à l’assassinat de son père, Robert Boulin, aujourd’hui encore, nié par le Pouvoir, a ironisé sur la parfaite dichotomie qui serait, soi-disant, possible entre crime mafieux et crime politique : « Notre pays ne connaîtrait pas plus le crime organisé, la mafia, qu’il n’aurait été traversé par le nuage radioactif de Tchernobyl ! a-t-elle relevé. Ce déni de la réalité permet à des crimes politiques commis à la tête de l’État de demeurer impunis (voir le compte-rendu rédigé sur l’affaire à la suite de la venue de Fabienne Boulin à un mardi de Femmes 3000 au café de Flore). Fabienne Boulin, qui déclare avoir fait depuis longtemps le deuil de son père, mais non celui des valeurs démocratiques auxquelles elle veut continuer à croire, poursuit sa lutte pour le triomphe de la vérité au nom de la Justice et milite pour une séparation réelle entre Pouvoir exécutif et Justice.

Cette démarche rejoint celle d’Élizabeth Borrel, épouse de Bernard Borrel, ce juge assassiné à Djibouti en 1995, elle-même juge et également invitée par F.L.A.R.E. à cette réunion : « Les mafia ont toujours existé et existeront toujours, admet-elle. Mais, dans nos démocraties, une Justice s’efforce de vivre tout de même. Je me suis donc battue au nom de cette Justice pour faire reconnaître l’assassinat de mon mari quelque qu’ait été la peur qu’on s’est efforcé de m’instiller et avec laquelle j’ai vécue pendant seize ans. Je me bas pour que le Droit progresse et que, même sur le fil, la démocratie continue à vivre. Tout ce que j’ai fait, avec l’aide de mes avocats, l’a été pour mon mari, pour ma famille, certes, mais aussi pour la Magistrature, insiste-telle en rappelant la mort du juge Renaud, du juge Michel, dont, pas davantage que ceux de son mari, les commanditaires n’ont été officiellement identifiés. En France, tout est verrouillé au plan pénal par le Parquet, se désole-t-elle.»

« Tout pouvoir cherche à s’approprier tout le Pouvoir, a conclu Fabienne Boulin. Il est donc indispensable de sauvegarder la séparation des pouvoirs, de mettre en place des structures qui garantissent cette séparationQu’un procureur général puisse décider seul, sans avoir à s’en justifier, de l’ouverture ou non d’un dossier et ce, alors que, à la manière d’un préfet, il est nommé à ce poste en Conseil des Ministres, voici une anomalie française qu’il est nécessaire de corriger ! » Cette critique du fonctionnement de notre Justice a amené une magistrate française présente dans l’auditoire à faire l’éloge de la Justice italienne dont l’indépendance, chèrement payée en assassinats de juges, a garanti de spectaculaires résultats dans la lutte contre les mafias. Hélas, la réforme prévue par le Pouvoir politique en place à Rome actuellement, risque fort de priver les juges italiens de cette indépendance qu’envient leurs collègues français ! ...

Pour une mobilisation de la société civile

Comme l’a très tôt compris don Luigi Ciotti, fondateur de Libera puis de F.L.A.R.E3, il est donc nécessaire de mobiliser la société civile, de la sortir de sa passivité. Ce qui exige de chacun d’avoir à lutter contre la volonté de ne pas voir, cette paresse, cette « servitude volontaire » si répandue mais qu’ignorent superbement la Députée Laura Garavini et la responsable de Libera Memoria Internationale, Viviana Mantragola. « Le pouvoir mafieux se niche au sein de la société civile, laquelle se trouve être, de ce fait, un acteur essentiel de la lutte contre le crime organisé, insiste Fabrice Rizzoli. C’est là le message essentiel de cette soirée. Les mafias font partie intégrante de nos sociétés. Tandis qu’en Italie, on ne joue plus au « monopolis », mais au « confiscopolis », jeu qui consiste à confisquer les biens mafieux, l’opinion publique, en France, se croit exemptée de ce mal parce que les sources d’information sur le crime organisé et les mafias y sont quasi inexistantes. D’où le risque de laisser ces organisations parallèles prospérer dans notre pays et y banaliser la violence ! »

C’est effectivement à partir des démarches de Libéra2, donc de la société civile, que le pouvoir politique italien a décidé en 1996 la confiscation des biens des mafieux arrêtés et jugés, dont Libéra assure la gestion avec investissement des revenus créés dans des actions sociales et culturelles. Ainsi, la dénomination « Libera Terra » désigne-t-elle les coopératives sociales installées sur des terres cultivables confisquées à la mafia. La réunion du 4 avril 2011 a d’ailleurs été accompagnée d’un buffet garni de produits biologiques issus de cette agriculture sociale, « des produits riches en vitamine L, la vitamine de la liberté », comme le proclame Maria Chiara Prodi4 !

Ces biens confisqués peuvent être culturels, historiques, « leur reconquête permettant d’opposer la puissance du symbole au symbole de la puissance », pour paraphraser encore Maria Chiara Prodi4.

Cette mesure est certainement le coup le plus dur qui ait été porté aux mafias italiennes. Son extension rapide à tous les pays de l’Union européenne serait donc souhaitable… Les responsables de Libera voudraient aussi obtenir du Parlement italien que soient confisquées de la même manière les ressources acquises à la suite de manœuvres de corruption...  Une suggestion qui ne suscite guère d’écho parmi les politiques... Le représentant de « Reporters sans frontières », d’accord avec le fait que la presse donnait par trop à voir « ce qui était spectaculaire », s’est demandé s’il ne faudrait pas changer la manière de couvrir le crime organisé, tant cette soirée mettait en évidence que le plus important était de « dénoncer les procédés auxquels ont recours les mafias pour s’introduire dans la vie quotidienne de la société civile. » Cette réflexion l’a ramené aussitôt aux difficultés inhérentes « au combat à mener contre la drogue », manifestement son principal souci... Il est vrai que « Le trafic de drogue domine, et de très loin, un marché métamorphosé au cours des années 2000 par l’explosion simultanée de la demande et des capacités de production », peut-on lire dans le rapport de Reporters sans Frontières où il est précisé qu’il est fait état, pour 2007, de quelques 6 millions de consommateurs de cocaïne sur le territoire des États-Unis et de tout autant dans les 27 États de l’Union européenne (évaluations de Bruce Bagley, Université de Miami (USA). Du reste, à partir du trafic de drogue, dont personne ne peut contester la réalité, il est possible d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la place importante du blanchiment d’argent dans les activités des mafias et de laisser entrapercevoir comment le crime organisé peut investir la société civile… Ainsi, lit-on encore, dans ce rapport, les clans de la mafia calabraise génèrent à eux seuls plus de 3% du PIB italien !

Qu’a pensé de ces témoignages et de ces constats, Agil Khalil, cet autre invité de F.L.A.R.E, journaliste d’opposition en Azerbaïdjan, agressé en 2008 par deux hommes du Ministère de l’Intérieur de son pays à la suite d’articles sur la corruption, – « J’ai été poignardé à quelques millimètres du cœur », rapporte-t-il – aujourd’hui, réfugié politique en France ? Il lui a certainement paru incompréhensible qu’on ne puisse faire état d’études chiffrées sur les activités du crime organisé en France, ce pays de la liberté d’expression ! Sans doute aura-t-il aussi été surpris par la nette prédominance des femmes en tant que représentantes de la société civile dans cette soirée !

Dans la salle, se trouvaient des Italiennes vivant à Paris et adhérentes de Libera, de F.L.A.R.E. Je me suis demandé si certaines d’entre elles avaient été confrontées au crime organisé dans leur pays ou en France, si, les Françaises également présentes, sentaient vraiment peser sur elle et sur leur famille l’ombre du crime organisé… Personnellement, je dois le reconnaître, je ne sens pas la société civile française aussi menacée que l’italienne. S’agit-il, de ma part, d’une « volonté de ne pas voir », de « paresse volontaire » ? Il me faut bien admettre mon incapacité à concevoir le péril sociétal que représentent les systèmes mafieux pour toute démocratie en général et pour la nôtre en particulier, alors qu’il est indéniable que les règlements de comptes entre bandes rivales en Île-de-France et dans les Bouches-du-Rhône, ressemblent de plus en plus à ceux de l’Italie, à l’affaire de Duisburg... Aux adhérentes de Femmes 3000 de se positionner à leur tour par rapport à ce problème de société auquel se trouvent confrontées Laura Garavini et Viviana Mantragola, sachant que, comme le nuage de Tchernobyl, les mafias ne contournent pas la France… Monique Raikovic

 

1)      LIBERA – En 1966, Don Luigi Ciotti fondait le « Groupe Abele ». Cet organisme s’occupait de jeunes incarcérés et/ou victimes de la drogue et d’une revue, « Narcomafie ». Don Luigi Ciotti était convaincu, en effet, de la valeur de l’adage : « Où vit la culture, la violence recule ».

En 1995, Don Luigi Ciotti créait « Libera », structure de coordination à l’échelon national permettant de travailler en réseau à toutes les associations italiennes de lutte contre le crime organisé et d’éducation des jeunes en voie de désinsertion sociale. Rita Borsellino, la sœur du juge assassiné en 1992 par la Cosa nostra( la mafia sicilienne), en était la Vice-Présidente et en est devenue Présidente d’honneur en 2005. Ce réseau est la plus ancienne organisation anti-mafia reposant sur la société civile. Aujourd’hui travaillent ainsi en synergie plus de 1500 associations, établissements universitaires, établissements d’éducation, groupes divers et personnes engagées à titre individuel.

Depuis 1995, chaque année, le 21 mars, premier jour du printemps, symbole d’espoir, de renouveau, Libera célèbre son engagement anti-mafia en commémorant la mémoire des victimes innocentes de toutes les mafias. Par ailleurs, Libéra aide les familles des victimes à transformer leur douleur en détermination à lutter contre le crime organisé, en les intégrant à ses actions de soutien d’autrui, d’éducation et d’information,

En 1996, après avoir rassemblé un million de signatures, Libera obtenait du Parlement italien le vote de la fameuse « loi 109/96 » prescrivant que les biens des mafieux arrêtés et jugés soient confisqués et confiés à la société civile. Et il est revenu à Libera de gérer les biens ainsi saisis. Ce qui lui a permis la création de coopératives sociales avec activités agricoles consacrées à la culture biologique et ateliers divers, dont les produits sont vendus sous l’étiquette « Libera Terra ».

2)      FABRICE RIZZOLI - Cet universitaire, détenteur d’un doctorat en Science Politique (université Paris I – Panthéon-Sorbonne) est un spécialiste reconnu de la criminalité organisée et des mafias. Secrétaire général de l’Observatoire Géopolitique des Criminalités (O.G.C.) depuis 2008, porte-parole de F.L.A.R.E pour la France, Fabrice Rizzoli intervient régulièrement en tant que consultant et conférencier sur les questions concernant les criminalités.

L’Observatoire Géopolitique des Criminalités (O.G.C) représente un réseau international, aujourd’hui en construction, d’universitaires de diverses disciplines, d’analystes et d’informateurs de diverses origines et professions, qui observent e qui étudient les criminalités internationales. L’O.G.C. vise à proposer aux professionnels et à l’opinion publique, avec un regard indépendant, une vue d’ensemble de ces criminalités.

fabrice.rizzoli@flarenetwork.org

www.geopolcrim.info, site de la revue géopolitique des criminalités

3)      F.L.A.R.E. – (Freedom/Legality/And Rights/ in Europe) F.L.A.R.E. résulte de la collaboration entre Libera et Terra del Fuoco, une O.N.G. turinoise. Initié en 2008,  F.L.A.R.E. représente pour Libera, le passage d’une activité limitée à l’Italie à une activité, sinon internationale, du moins s’étendant à la Communauté européenne, à des pays voisins de celle-ci, dans le bassin méditerranéen, dans les Balkans, et, également, à la Fédération de Russie. Le siège social de F.L.A.R.E. se trouve à Turin. Ce réseau transnational, fort actuellement de 50 organisations non gouvernementales, relevant de 27 pays, s’est fixé pour objectif de combattre le crime organisé partout et dans toutes ses manifestations.

Au plan social, F.L.A.R.E. représente une nouvelle approche du crime organisé basée sur la mobilisation de la société civile, en complémentarité des actions menées par les organismes nationaux déjà en place. Le réseau apporte son soutien aux victimes du crime organisé et à leurs familles, s’occupe de l’éducation civique et culturelle des jeunes les plus démunis, mal insérés dans le tissu social.

Au plan politique, F.L.A.R.E. a pour but de convaincre les organismes de décision de l’Union européenne de la nécessité de mettre en place un système transnational de confiscation des biens d’origine mafieuse avec réemploi à des fins sociales. En bref, F.L.A.R.E est l’extension nécessaire de Libéra au plan international, la lutte contre le crime organisé exigeant des moyens d’action adaptés au caractère transnational de celui-ci.

4)      Ont participé à cette réunion au côté des intervenants déjà mentionnés :

Béatrice Biagini qui représentait l’Association « Democratici Parigi », créée en 2009 et rassemblant « tous ceux qui partagent la même passion pour la politique de leur pays parmi les membres de la forte et très active communauté italienne résidant à Paris. » pour paraphraser cette jeune femme.

Maria Chiara Prodi, laquelle a présenté les activités de Libera

Georges Pau Langevin, députée de Paris, Vice Présidente chargée des affaires de Justice au groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

La maison des Journalistes, représentée par Agil Khalil, journaliste qui a dû fuir son pays l’Azerbaïdjan et a reçu le soutien de Reporters sans Frontières.

Ethicando, plateforme commerciale de diffusion des produits- design, mode et oeno-gastronomie –issus des coopératives fondées par Libera. Ethicando se fait fort de prouver à tout client éventuel que-du « 100% made in social » peut avoir du style et être de haute qualité. C’est Ethicando qui, à partir de produits Libera Terra, a préparé pour l’occasion un « apéritif à l’italienne » servi accompagné de joyeux « Mafie ? Prendiamole per la golai. ! » (Les mafias ? On va se les cuisiner ! ». Penser à Ethicando lors de certains de nos achats est déjà une manière de lutter contre la mafia !

info@ethicando.com

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