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07/07/2011

Muriel MAYETTE, Administrateur Général de La Comédie Française é tait au Café de Flore de la Fédération Femmes 3000 le 3 mai 2011 . Retour sur images avec Monique Raikovic

Muriel MAYETTE 2.jpgPremière femme à accéder à la fonction d’Administrateur Général dans la longue histoire de la Comédie Française, Muriel Mayette n’a pas encore féminisé son titre sur ses cartes de visite, comme l’y autorise la langue d’aujourd’hui. Mais elle le fera avec le renouvellement de son mandat. Sans doute, faut-il voir, là, une illustration symbolique de sa recherche du « juste ton » dans la vie comme sur la scène.

Muriel Mayette a investi le salon du premier étage du Café de Flore comme elle aurait pu le faire d’une scène de théâtre ! Parler en demeurant assise, un micro à la main ? Elle a vite balayé cette perspective et est venue occuper l’espace entre les tables pour parler plus à son aise, décidée à « jouer le jeu », selon son expression pour signifier que, comme le lui avaient demandé Catherine Péant et Christiane Legrain, elle était prête à parler d’abord de sa vie, laquelle se confond avec son amour du théâtre, puis de l’organisme dont on lui a confié l’administration, cette Comédie Française, monument national dont, le plus souvent, on connaît mal l’histoire et le mode de fonctionnement. Et les adhérentes de Femmes 3000 se sont laissées portées par l’enthousiasme de la comédienne qui aurait pu les tenir bien plus d’une heure sous le charme de sa manière d’être là, présente, intense, tellement vivante !


Écoutons la comédienne :

« J’ai commencé à jouer et à gagner mes premiers cachets à l’âge de 14 ans, se souvient-elle – à l’époque, nous étions payés à la ligne !- -Et, hier, j’ai eu 47 ans, ce qui représente une carrière déjà longue ! J’habitais Versailles, auprès de mes parents, petits bourgeois aux valeurs claires d’honnêteté et de joie au travail, lesquelles, aujourd’hui encore me servent de repères. Sans le soutien de ces valeurs universelles enseignées à la maison, il m’arriverait de me sentir perdue…

« Le côté parfaitement prévisible de ma vie de lycéenne me paraissait fort peu intéressant, contrairement à ce que j’éprouvais sur le plateau d’un théâtre : là, la vie était en suspens, inattendue, non maîtrisable, ce qui me séduisait. J’ai grandement apprécié l’enseignement de Marcelle Tassencourt, la Directrice du Conservatoire de Versailles et beaucoup aimé le Théâtre Montpensier, ce beau théâtre bleu.

Zone de Texte: « Dans notre métier, le vrai travail ne consiste pas à apprendre à parler juste, mais à être tout entier dans le juste ton. »
Muriel MAYETTE
« Á 16 ans, je suis entrée à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT), plus connue à Paris, sous le nom d’École de la rue Blanche. Et, parce que mes parents m’en avaient donné l’autorisation à condition que je passe mon bac, j’ai obtenu celui-ci à 18 ans en le préparant en candidate libre. Je suis entrée à l’École de la rue Blanche, habitée par une sorte de vertige parce que je percevais fort bien que j’étais portée par une passion sans parvenir à en analyser ni à en mesurer les mécanismes, le pouvoir. En même temps, au quotidien, tout continuait à me paraître facile ! Rue Blanche, j’ai bénéficié de l’enseignement d’Yves Gasc. Et, aux Jeudi du Théâtre Fontaine, j’ai joué dans tous les classiques, tous les Molière notamment. Je jouais souvent face à des partenaires que je ne connaissais pas. Mais c’est dans ce ‘recommencé’ qu’on apprend le métier. Je l’ai beaucoup pratiqué, même sur des scènes bombardées de boules puantes !

« J’ai été incitée à entrer à la Comédie Française par Jean-Pierre Vincent.  Je me suis présentée au concours Chéreau. Á la question ‘Pourquoi faites-vous du théâtre ? j’ai répondu :’Parce que ça me fait plaisir’ et j’ai été éconduite, une décision que je n’ai comprise que bien plus tard ! Je suis alors entrée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où j’ai passé trois années [1982-1985], suivant les enseignements de Michel Bouquet, Claude Régy et Bernard Dort. Au Conservatoire, on se construit, souvent contre d’ailleurs, en rebelle, mais on se construit et c’est là, l’essentiel. Alors, on peut commencer à montrer à travers soi ce qu’on a compris. Car, dans notre métier, le vrai travail ne consiste pas à apprendre à parler juste, mais à être tout entier dans le juste ton.

« Après le Conservatoire, en 1985, je suis entrée à la Comédie Française que je n’ai pas quittée par la suite. Ce qui était mal vu, à l’époque ! Nombre de mes amis d’alors n’ont pas compris ce choix. En fait, intégrer la troupe de la Comédie Française est une grande chance. Parce qu’il s’agit d’une troupe permanente. Parce qu’on y joue durant toute l’année, ce qui permet l’affinement constant du travail que l’acteur fait sur lui-même. C’est cet extraordinaire privilège qui explique que les comédiens du Français soient les meilleurs !

« Le comédien, en effet, n’a pour instrument que lui-même, dont, sur scène, il joue dans un constant rapport aux autres. Nous pratiquons nécessairement le ‘Je te joue nous’. Et bien jouer, ce n’est pas donner la bonne réplique, mais donner à entendre un texte comme on peut le recevoir maintenant, de telle sorte que l’auditoire d’aujourd’hui en perçoive le sens fondamental. C’est cela être dans le juste ton. Les grands acteurs savent exprimer ce vrai. C’est ainsi qu’on parvient à faire que les Femmes Savantes passent bien aujourd’hui. Ce n’est pas une affaire de bien dire, bien dire qui, en réalité n’existe pas, mais une manière de porter le texte. Il s’agit d’une forme d’énergie puisée dans l’émotion. Quand j’arrive sur le plateau, j’ai peur, je voudrais être autre que ce que je suis, je voudrais retrouver l’état émotionnel de la représentation où j’ai été perçue comme parfaite dans ce rôle, je voudrais, je voudrais… Et puis, le ‘je te joue nous’, le métier s’emparent de l’émotion, la transmuent en cette force qui fait lever le texte. Mais, à chaque fois, tout est à recommencer… Molière a été mauvais quand il a joué Nicomède devant Louis XIV, qui n’a pas caché son déplaisir. Mais il a demandé à faire succéder à Nicomède, une improvisation : l’Amour médecin. Il y a été excellent et si drôle que le roi lui a accordé son soutien. Le métier de comédien relève de l’individualisme créatif de l’artisan qui se manifeste dans chaque pièce produite, en même temps qu’il implique des exigences propres au groupe, car être acteur dans une troupe c’est être également capable d’être soi-même et ensemble sur le plateau et hors du plateau. On ne peut pas jouer dans la haine. La troupe est une grande école de tolérance. D’ailleurs, la devise de la Comédie Française est ‘Simul et singulis’ – ensemble et soi-même – et son emblème, une ruche et des abeilles.

« Vous l’aurez compris, le théâtre est devenu très tôt pour moi, la seule chose importante. Ayant commencé à travailler très jeune dans ce domaine, je n’ai pas connu les affres de l’adolescence, de l’entrée dans le monde des adultes, le temps de la drague…

« J’ai enseigné au Conservatoire de 2000 à 2006, dirigé des mises en scène à la Comédie Française et hors celle-ci, écrit un peu et mis en scène mes textes au Théâtre de la Bastille, au Théâtre Gérard Philippe, accepté des rôles au cinéma, très peu… Mais l’essentiel de ma carrière de comédienne et de metteur en scène a eu pour cadre la Comédie Française dont je suis devenue sociétaire en 1988, où j’ai tant aimé joué et créé…. J’ai aimé y être dirigée par Antoine Vitez, Claude Régy, Jacques Lassalle, Mathias Langhoff, Alain Françon, Philippe Adrien, Catherine Hiegel, Claude Stratz et d’autres encore. J’ai aimé les tournées. Mais jamais je n’ai demandé à devenir l’Administrateur Général de cette maison!

Écoutons l’Administrateure Générale :

« J’ai pensé : ‘On t’a beaucoup donné, il est normal qu’aujourd’hui, tu répondes présente quand on fait appel à toi’. Par ailleurs je me suis toujours sentie responsable de ce que je fais en tant qu’artiste et membre de la troupe de la Comédie Française. Je perçois donc mes efforts pour diriger cette maison comme une exigence de cet esprit de responsabilité. N’ayant pas suivi de cursus universitaire, ni d’études de management, j’ai commencé par ne pas me sentir légitime dans ce rôle. Mais j’ai eu la chance de mûrir, de grandir dans la compagnie d’auteurs qui sont des maîtres de vie, ce qui n’est pas rien. Et je trouve, dans mon métier d’acteur, les clés qui me donnent accès à mon rôle de chef d’entreprise, les lunettes qui me permettent d’examiner les effets de cette fonction sur mes relations aux autres membres de la troupe. Ainsi, j’accepte d’être la Méchante, sachant fort bien que, le plus souvent, les énergies négatives qui se concentrent sur ma fonction ne sont pas dirigées contre ma personne. Et c’est très bien comme ça.

« Mon prédécesseur est parti très vite et j’ai vécu mon entrée en fonction comme une épreuve, un certain machisme, que je découvrais alors, ne me facilitant pas les choses… J’ai décidé de ne pas heurter, pas même au plan des symboles, de ne rien imposer sans discussions préalables, tout en étant déterminée à défendre sur la durée et de toutes mes forces le bien fondé de mes décisions. Ainsi, Claude Winter [décédée, le 25 avril 2011, à l’âge de 80 ans] a été, en 1987, première femme Doyen de la Comédie Française a été ‘Madame le Doyen’. Et on a continué à dire ‘Madame le Doyen’. J’ai donc opté pour ‘Madame l’Administrateur Général’. Mais je féminiserai mon titre lors de mon renouvellement dans ma fonction.

« Personnellement, qu’on soit homme ou femme, j’estime qu’on est d’abord acteur et membre de la troupe de la Comédie Française. Nous sommes au nombre de cinquante-huit alors que nous étions soixante-dix quand je suis arrivée en 1985. La troupe compte autant de femmes que d’hommes, mais les pièces inscrites au répertoire offrent d’avantage de rôles aux hommes qu’aux femmes. Néanmoins il existe assez de beaux rôles de femmes pour que toutes mes comédiennes travaillent !

« Il me revient d’engager de nouveaux pensionnaires. Je procède périodiquement à des auditions d’élèves en provenance de toutes les écoles de théâtre de France et prends en stage pendant une année les six apprentis-comédiens qui m’ont paru les meilleurs. Je me fie avant tout à mon intuition au moment de mes choix. J’ai ainsi engagé jusqu’à ce jour vingt-et-un pensionnaires et vingt d’entre eux ont pleinement justifié mon choix, se sont avérés excellents ! Parfois, il nous manque un type de personnage. Il faut alors engager un acteur confirmé répondant à ce type de personnage. Je viens ainsi d’engager Danièle le Brun, parce qu’il nous manquait une nounou !

« Nous disposons d’un répertoire de 3000 pièces et de trois théâtres : à l’intérieur du Palais Royal, la célèbre salle Richelieu où la troupe assure neuf représentations par semaine en alternance ; le Théâtre du Vieux Colombier et le Studio-Théâtre, dont j’assure la programmation avec un même souci de diversité qu’au Palais Royal. Soit un total de 860 places. La Maison de Molière emploie, outre ses 58 Comédiens, 400 salariés parmi lesquels sont représentés vingt-deux corps de métiers artisanaux. Une grande maison dont les programmations rencontrent actuellement un succès extraordinaire ! Nous avons même un problème de réservation des places du fait de ce succès : nos salles sont pleines avant même qu’on est commencé à donner le spectacle programmé ! C’est quand même moins grave que d’avoir des salles vides…

Zone de Texte: « Les gens de Droite nous traitent d’intellectuels prétentieux quand nous faisons des créations et les gens de Gauche prétendent qu’il est ringard de ne pas en faire davantage ! »
Muriel MAYETTE
« Pour ce qui est de la programmation proprement dite… Les gens de Droite nous traitent d’intellectuels prétentieux quand nous faisons des créations et les gens de Gauche prétendent qu’il est ringard de ne pas en faire davantage ! La répartition des œuvres entre classiques et modernes est, en fait, totalement arbitraire. Bien des pièces que nous jouons ont été d’avant-garde avant de devenir des pièces du répertoire. Mais, tandis que Molière reste d’une modernité extraordinaire, Voltaire n’est pas jouable aujourd’hui ! Il est difficile de savoir à l’avance ce qui dans le théâtre dit d’avant-garde franchira les siècles… Je m’efforce d’inviter des metteurs en scène étrangers parce que mes comédiens aiment l’inconnu et parce que nous avons tous tendance à croire que ce qui se fait à l’étranger est mieux que ce qui se fait chez nous… J’essaie de lutter contre un certain snobisme à l’égard du théâtre populaire… J’essaie surtout de me déterminer de telle sorte que les comédiens et les spectateurs se rencontrent au travers des œuvres programmées. Et je fais en sorte que les pièces présentées dans ces trois salles répondent bien à leurs différents espaces scéniques.

« S’adapter aux lieux, s’adapter à son temps… Il arrive que cela me pose problème quand il s’agit de micro, d’éclairage… Je suis de l’ancienne école, j’ai appris à parler fort, ce qui ne signifie pas crier mais faire chanter les dentales, pour faire passer cette énergie purement émotionnelle dont est chargée la voix du comédien. De plus, de tout temps, l’acoustique de la salle Richelieu a été très mauvaise, d’où la tendance des comédiens à forcer le trait dans la prononciation des mots, à avoir ce parler typiquement Comédie Française. Mais, aujourd’hui, partout, il y a des micros... Cela change le travail de la voix. Et puis, il y a la lumière, le jeu des éclairages qui fouaillent la scène entière, alors qu’autrefois seule une petite partie se trouvait en pleine lumière. Il faut apprendre à se servir de ces micros, de ces lumières. Pour être bons avec le concours de ces nouveaux outils qui impliquent une nouvelle manière d’être au comédien. On ne peut aller contre son temps.

« D’ailleurs la salle Richelieu est en pleine réhabilitation. Tout le système de climatisation doit être mis aux normes, ce qui devrait permettre des économies d’énergie. Il faut également rendre le bâtiment accessible aux handicapés, ce qui est loin d’être évident dans un bâtiment aussi ancien ! Pendant le durée des travaux, nous disposerons d’une structure transitoire, en bois, montée dans la Galerie d’Orléans du Palais Royal, ce qui permettra aux comédiens de continuer à occuper leurs loges, et les administratifs, leurs bureaux. La poursuite de la programmation 2010-2011 se déroulera normalement avec en octobre, une tournée en Chine où nous donnerons le Malade Imaginaire. La Maison de Molière continue !

La Maison de Molière ou la Société des Comédiens-Français :

Engagée comme pensionnaire de la Comédie Française en 1985, Muriel Mayette en est devenue sociétaire en 1988. « On entre comme pensionnaire pour une durée d’un an, renouvelable année après année », précise-t-elle. Les sociétaires – c’est-à-dire les membres titulaires de la Société des Comédiens Français – sont choisis parmi les pensionnaires ayant au moins une année d’engagement et sur proposition de l’Administrateur Général. La décision est prise au cours d’une assemblée générale du Comité d’Administration composé de six sociétaires, du Doyen et de l’Administrateur Général. Les membres du Comité votent à bulletin secret, le nouveau sociétaire étant élu pour dix ans, statut renouvelable pour cinq ans, puis renouvelable ensuite annuellement. Un arrêté du ministère de la Culture entérine cette nomination. Après son départ en retraite, le sociétaire peut continuer à jouer. Il est dit alors sociétaire honoraire. Le Doyen de la Comédie Française n’est pas le comédien le plus âgé de la troupe, mais le sociétaire le plus ancien dans la troupe, durée calculée à partir de son arrivée comme pensionnaire.

Les membres de la Société des Comédiens-Français, ces fameux Sociétaires, participent aux bénéfices* en recevant chacun un certains nombre de douzièmes de part de la Société à laquelle ils sont liés contractuellement.  D’où l’importance du succès des programmations !

On peut lire que Muriel Mayette a été la 477ème sociétaire élue dans l’histoire de la Comédie Française !

Cette histoire commence au XVIIème siècle quand Louis XIV ordonne, par lettre de cachet en date du 21 octobre 1680, la fusion des deux seules troupes parisiennes de l’époque : la troupe de l’Hôtel Guénégaud et celle de l’Hôtel de Bourgogne. L’acte royal leur accorde le monopole de jouer à Paris que les Comédiens-Français défendront fermement au cours du XVIIIème siècle, notamment contre les Comédiens-Italiens. « Les acteurs se partageaient la recette dont une partie leur servait à acheter du bois pour chauffer leurs loges, d’où le nom de « feu » donné à cette partie de leur cachet et que nous employons encore aujourd’hui », relate Muriel Mayette. Le prix des places devait prendre en compte également une taxe au profit de l’Hôpital Général. Cet impôt prélevé sur les recettes des spectacles en faveur de l’Assistance Publique était appelé « le droit des pauvres » ou « le droit des indigents » Avec l’augmentation de la pauvreté, on augmentait la taxe, laquelle avant la Révolution de 1789 représentait un quart de la recette brute de la Comédie Française ! Bien entendu le droit des pauvres avait pour effet d’entraîner une augmentation du prix des places, ce qui portait les comédiens à en contester le bien fondé !

Muriel MAYETTE.jpgLa Révolution de 1789 s’accompagna d’une suppression de cette taxe pour une brève période puisque le droit des pauvres fut rétabli dès l’an V ! Mais, surtout, la Révolution faillit faire disparaître la troupe des Comédiens-Français. « Par ordre du Comité de Salut Public, la Comédie Française a été fermée, les comédiens arrêtés et condamnés à être guillotinés, rapporte Muriel Mayette. Mais un Commissaire qui avait accès aux listes des condamnés a pu ôter les noms des Comédiens-Français et les a sauvés.» Un commissaire amoureux du théâtre ? D’une comédienne ? Ou bien un sage qui avait compris que le théâtre était une expression de la vie sociale indispensable à toutes les civilisations en même temps qu’un précieux espace de liberté de la parole, surtout dans les périodes tragiques ? Un rôle dont ne doute pas Muriel Mayette qui, à l’appui de sa conviction, recommande vivement de lire « Une représentation du Malade Imaginaire à Auschwitz », récit de Charlotte Delbo**, cette assistante de Louis Jouvet entrée dans la Résistance, arrêtée et déportée à Auschwitz.

Le 31 mai 1799, le Gouvernement de l’heure mettait à la disposition des Comédiens-Français la salle Richelieu. Et, en 1812, en pleine campagne de Russie, Napoléon Ier décidait de réorganiser la Comédie Française et signait, le 15 octobre, le décret dit « de Moscou » comportant 87 articles, lesquels définissent encore aujourd’hui, à peu de choses près, le statut des membres de cette troupe.

La Comédie Française, ou l’art de pratiquer le changement dans l’interprétation de son message, dans la continuité de son rôle dans l’Histoire. Ce qui fait dire à Muriel Mayette : « Les Administrateurs passent, mais les comédiens restent », assertion que symbolise parfaitement la présence du fauteuil de Molière exposé à droite de la grande cheminée du Foyer public de la célèbre salle Richelieu.

Monique Raikovic

 

*Les revenus des comédiens Français : Ces données sont issues d’un article du Figaro paru en 2008 et publié sur internet sous le titre : « le statut très envié de la Comédie Française ». Les chiffres des salaires et des « feux » doivent donc être relativisés ! Du moins est-il certain qu’ils ne sont pas, aujourd’hui, inférieurs à ceux indiqués !

Sociétaires et pensionnaires perçoivent un salaire dont le montant dépend de leur place dans la hiérarchie. Il y a cinq échelons parmi les pensionnaires. Celui qui se situe au plus bas de l’échelle touche un salaire de 1830€ (chiffres donnés en brut), celui situé au plus haut, touche un salaire mensuel de 3290€.

Quand au sociétaire le plus récemment élu, il est payé environ 3160€ par mois, tandis que celui qui a atteint le haut de l’échelle peut recevoir jusqu’à 3800€.

Pensionnaires et sociétaires touchent en outre un cachet – appelé un « feu » - à chaque représentation.  Pour les pensionnaires, ces « feux » vont de 55 à 74 € à Paris et de 288 à 292€ en tournée. Pour les sociétaires, ces « feux », vont de 115 à 169 € à Paris et de 206 à 275€ en tournée.

Les sociétaires bénéficient en outre de ce que l’on appelle « les partages ». Il s’agit d’un intéressement sur l’excédent des recettes sur les dépenses de la Comédie Française. Cet intéressement est déterminé par le Comité d’Administration présidé par l’Administrateur Général. « Il ne s’agit pas d’un dividende mais d’une rémunération complémentaire variable », précisait Jérôme Lamy, Directeur financier.

Les membres de la troupe n’ont pas le droit de prêter leur image « à des entreprises de publicité commerciale » et ils ne peuvent exercer une activité extérieure quelconque qu’après avoir obtenu un congé en bonne et due forme auprès de leur Administrateur Général… Quant on lit « On nous reproche de gagner beaucoup d’argent, mais en deux jours de tournage pour un film de cinéma, je touche un mois de salaire au Français », propos de Catherine Hiegel, rapportés dans cet article, on comprend la petite scène jouée sous nos yeux, au Café de Flore, par Muriel Mayette :

« Un sociétaire entreprenant de mettre en scène une pièce me demande un comédien de tel type pour tel rôle dans la pièce– Je repère dans la troupe le comédien ad hoc et disponible et l’envoie au metteur en scène. Mais le comédien vient justement de recevoir une proposition alléchante pour un petit rôle au cinéma. Il va se présenter au metteur en scène, mais, bien entendu, il va manifester un intérêt plus que médiocre pour le travail de celui-ci ! ‘Comment trouves-tu ça ?’ -  ‘Bof ! Pff ! Ouais…’ Et le metteur en scène excédé va me renvoyer le comédien en me disant qu’il n’en veut pas ! Quand, un peu plus tard, ce comédien viendra me demander un congé, pourrai-je le lui refuser ? Non ! Cela fait partie des mille et une petites subtilités  relationnelles qu’il me faut gérer quotidiennement ! »

**Du théâtre à Auschwitz :en savoir plus 

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