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15/04/2013

Ces femmes qui font l'Europe (3) : Annie HOUTMAN, Chef de la Représentation de la Commission Européenne en France : « Ayons conf iance en l’Europe »

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Annie HOUTMAN, Chef de la Représentation de la Commission Européenne en France : « Ayons confiance en l’Europe »

Annie HOUTMANN 1Interview réalisé par Fabienne PREVOT (email)

C’est depuis le 1er septembre 2010 qu’Annie HOUTMAN occupe la fonction de Chef de la Représentation de la Commission Européenne en France. Diplômée en sciences mathématiques, elle possède un doctorat en statistiques ainsi qu’une expérience universitaire et professionnelle d’envergure internationale, dans les domaines de la recherche, de l’économétrie, des mathématiques et des statistiques.

Son parcours au niveau des institutions américaines débute en 1985, date de son entrée à  la Commission Européenne. En 1999, elle rejoint le cabinet de Romano PRODI, Président de la Commission, et devient en 2001 son chef de cabinet adjoint.

Quel est le rôle précis de la Représentation de la Commission Européenne en France ?

Nous sommes l’œil, l’oreille et la bouche de la Commission en France, et réciproquement. Notre  avantage est d’être proche du terrain et donc des citoyens, de leurs attentes, de leurs besoins. Nous sommes aussi le point de contact direct avec les politiciens et la presse.

Nous avons 3 missions principales :


 

La première est d’être le lien entre la Commission, les instances politiques (le Sénat, l’Assemblée Nationale), les syndicats ... et nous rapportons leurs positions et propos à Bruxelles, ceci dans le but d’anticiper les futures priorités de l’Europe.

Nous sommes là dans un rôle d ‘ «  ambassade » en quelque sorte.

Notre  seconde mission est d’informer et de former la presse afin de donner du sens à l’information qui arrive en masse. Nous invitons régulièrement des rédactions entières et aussi des écoles de journalisme pour des visites des institutions à Bruxelles. Face aux Institutions Européennes, les journalistes n’ont pas vraiment de réticences mais plutôt des peurs ou de la méconnaissance. Il nous faut démythifier l’Europe et augmenter la proximité.

Notre troisième mission concerne la communication sur l’Europe, ce que nous faisons grâce à des contacts physiques avec le public. Ainsi, des formations sont proposées au grand public afin de naviguer plus aisément sur le site internet de la CEE. Nous avons ainsi 50 relais en région.

Nous  avons aussi en charge l’organisation et l’accompagnement du Président de la Commission ou de Commissaires en audition au Sénat ou pour des visites dans des entreprises.

Quelles sont vos contraintes, les limites de votre mission ?

Nous n’avons pas vraiment de pouvoir, ce qui simplifie les choses !

Mais j’éprouve la frustration de ne pouvoir apporter nos services à tous les citoyens. Je voudrais pouvoir parler à et écouter 60 millions de personnes, mais ce n’est bien sûr pas possible !

Une autre limite est de trouver comment toucher le public anti -européen, non pas pour faire de la propagande, mais bien pour expliquer quels choix ont été faits et pour quelles raisons.

Quelles sont selon vous les principales avancées nécessaires de l’Europe auxquelles vous aimeriez concrètement  participer ?

Premièrement, améliorer la fonction démocratique de l’Europe ; apporter une vraie proximité entre le Parlement Européen et les citoyens ; faciliter une communication plus fluide sur des sujets qui les intéressent et les concernent directement. Et ce pour que l’on comprenne mieux comment l’Europe est  positionnée et comment elle est perçue dans le monde.

Deuxièmement, travailler sur la crise, qui a montré l’interdépendance de l’économie. Créer ou développer des outils pour une meilleure coordination économique.

Avez vous des modèles ou  des références de personnalités féminines qui ont compté et/ou comptent encore dans l’élaboration et la consolidation de  l’Europe ?

Bien sûr, Simone Veil vient immédiatement à l’esprit, mais je pense aussi à Nicole Notta ( grande syndicaliste membre du groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe), Nicole Fontaine (présidente du Parlement européen de 1999 à 2002),  Catherine Lalumière ( plusieurs fois députée et ministre, puis secrétaire générale du Conseil de l'Europe et vice-présidente du Parlement européen.)

Citons également Dalia Grybauskaitė, présidente de la Lituanie, commissaire Européenne, qui a reçu en 2013 le prix international Charlemagne d’Aix-la-Chapelle, prix décerné depuis 1950 par la ville à des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne et notamment remis  à MM. Monet, Schumann, et à Simone Veil par le passé.

Lorsque j’ai travaillé durant  5 ans au  cabinet  de Romano Prodi, j’ai rencontré à plusieurs reprises Loyola de Palacio, qui défendait avec force ses convictions. Sans elle –et  M. Lamoureux - Galileo aurait été enterré, la sécurité maritime n’aurait pas été renforcée, le ciel unique n’aurait pas vu le jour et la politique européenne de l’énergie n’aurait jamais quitté les tiroirs de la Commission.

Est ce que vous pensez que les femmes donnent  une image différente à  et de l’Europe ?

Lorsque je suis la seule femme au sein d’une réunion européenne, je me dis que l’uniformité n’est pas une bonne chose, que cela est malsain, peu créatif, et que cela ne va pas dans le sens du progrès .

La présence des femmes est un signe d’égalité et montre l’ouverture. On ne doit plus, aujourd’hui,  se passer de leur présence et ce, à tous les niveaux. Comment  prétendre tenter de comprendre le monde si l’on choisit de se passer d’une des moitiés qui le constitue ?

La femme apporte, indéniablement, une diversité incontournable si l‘on veut progresser.

Quel sont d’après vous les freins qui font  qu’un nombre insuffisant de femmes entrent et s’investissent en politique ?

Souvent les femmes n’ont pas confiance en elles ; elles manquent de temps car elles ont encore pour une grand part la charge du foyer. Par ailleurs, elles se heurtent à des clichés machistes, nous l’avons vu encore récemment en France à l’Assemblée Nationale.

Quels sont vos espoirs pour l’Europe de demain ?

Tout d’abord qu’elle se porte mieux d’un point de vue  économique. En améliorant cela, on stoppera les poussées de populisme toujours inquiétantes. Bien qu’en Autriche, où il y a peu de chômage, on note malgré tout une telle poussée.

J’aimerais que les citoyens se situent dans ce nouveau continent  qu’est l’Europe  et aussi  à l’échelle mondiale, car cela est essentiel pour faire face aux inévitables évolutions sociétales.

J’aimerais aussi que les gens comprennent mieux l’Europe, que ses institutions soient plus courageuses et plus pédagogues.

Qu’ils soient fiers d’appartenir à ce continent reconnu comme plutôt bon.

Que les citoyens prennent conscience de ce que l’Europe a fait de bien, des valeurs communes qu’elle porte.

Qu’ils réalisent que l’Europe  est un modèle solide, même si imparfait, donc qu’il ne faut pas en avoir peur mais au contraire en lequel il faut avoir confiance,  car ce continent a un potentiel fantastique !

D’un optimisme affiché Mme Houtman continue de porter en France les valeurs communes qui, pas à pas, cimentent l’Europe grandissante 

Fabienne PREVOT (email)

En savoir plus sur Fabienne PREVOT : Fabienne PREVOT, journaliste  et réalisatrice de documentaires, a choisi depuis  de nombreuses années de  mettre en valeur des  femmes extra – ordinaires. Ceci  notamment à  travers des thèmes  tels que la transmission du savoir ou leur participation active à des entités  élaborées  pour faire évoluer nos sociétés.

 

Sur le projet Femmes 3000 « Ces femmes qui font l’Europe » : L’Europe en fait  bien sûr partie, et c'est avec fierté et plaisir qu'elle a  accepté de participer  à  l'aventure du magazine de Femmes 3000 en présentant divers portraits de ces  femmes qui, incontestablement,  "font " l'Europe.

 

 

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