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15/05/2013

Ces femmes qui font l'Europe (5) : Interview Roza THUN, eurodéputée polonaise : « L’Europe, c’est nous ! »

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Roza Thun, eurodéputée polonaise : « L’Europe, c’est nous ! »»

Interview réalisé par Fabienne PREVOT (email)

Roza Thun.jpgUn marché commun à construire, des jeunes à  motiver, Roza Thun, eurodéputée impliquée depuis longtemps dans le processus d’avancée de l’Europe, a bien conscience du chemin restant à parcourir.

Elle a grandi dans un pays communiste, la Pologne, derrière le rideau de fer, et ne pensait pas un jour être libre. Dès les années 1970,  elle œuvre contre le gouvernement en place. Elle devient ainsi porte-parole du comité des étudiants de Solidarność (SKS) et collaboratrice du Comité de défense des ouvriers (KOR) (1977-1980).

Une militante polonaise pour la construction européenne

Après le changement de régime, elle revient en Pologne et devient directrice générale puis présidente de la Fondation polonaise Robert-Schuman (1992-2005). De 2005 à 2009, elle dirige la représentation de la Commission européenne en Pologne. Elle est membre du Parlement européen depuis 2009. Elle est élue le 26 novembre 2011 vice-présidente internationale du Mouvement européen4. Au sein du parlement européen, elle est très impliquée dans la commission « Marché intérieur et protection des consommateurs ».

Pouvez-vous me parler de votre poste et des responsabilités qu’il induit ?

Je suis députée Européenne depuis 2009 après avoir été résidente de la représentation de la Pologne à l’Europe. Je suis aujourd’hui présidente de la commission du  marché intérieur et de la protection des consommateurs. J’ai  choisi cela car c’est concret, le résultat de mon travail est perceptible par les citoyens dans leur vie quotidienne.

europe2.JPGEn plus, il est important pour moi  que chacun comprenne le rôle effectif des institutions Européennes. Aujourd’hui, on a l’impression encore trop souvent - et à tort - que l’Europe est très éloignée des préoccupations des citoyens au quotidien et sur le terrain.

Le plus difficile est la communication. La preuve ? Les gens disent de l’Europe  « c’est eux !», moi j’aimerais qu’ils arrivent à dire « c’est nous !», qu’ils comprennent que c’est bien eux qui  constituent ce continent et sa richesse.

L’Europe, c’est effectivement nous tous, nous pouvons tous la changer. Il est possible, à  travers ses élus, d’influencer notre vie quotidienne.


Des exemples de changements sur le marché intérieur

Puis  elle nous donne quelques exemples de solutions trouvées à des problématiques communes, pour conforter le marché commun européen.

1)      Le  roaming, itinérance en français, est le service proposé par les opérateurs de téléphonie mobile pour permettre l'accès à leurs services depuis l'étranger. Il n’y pas de frontière en Europe. Pourquoi  en effet y en aurait-il lorsqu’il s’agit de communication téléphonique ? On encourage en permanence la mobilité, le travail à l’étranger, les expériences diverses, et ce afin de faire bouger l’économie. Mais le consommateur est pénalisé par les coûts téléphoniques et internet très variables selon les pays. Nous somme parvenus à baisser le coût du roaming, notamment le data roaming, le fait de se connecter à Internet depuis l’étranger : depuis juillet 2012, les prix ont été divisés par 10. A partir du 1er juillet 2013, cela va encore baisser pour parvenir à  un coût zéro au 1er juillet 2015.

2)      Reconnaissance des qualifications professionnelles. Le marché intérieur et la reconnaissance des qualifications professionnelles est un sujet que je considère comme prioritaire. Le marché est ouvert et en théorie on peut donc en Europe travailler où l’on veut, acquérir des diplômes et qualifications où l’on veut, se rendre où l’on veut et construire sa retraite où l’on veut. Dans la réalité, chaque pays a son propre mode de fonctionnement.

3)      Il n’y a  pas encore de marché intérieur, il faut donc rendre, chapitre par chapitre, ce marché réellement commun. Le consommateur a à sa disposition un choix incroyable de produits. Les vendeurs ont potentiellement 500 millions d’habitants consommateurs. Pour relier tout cela, il faut créer des instruments, des outils.

4)      Je réfléchis aussi à la problématique liée à la diversité des langues utilisées dans les différents pays. Lorsqu’il y a un litige, il est traité à la Cour Européenne de justice. Mais comment se faire comprendre si l’on ne parle pas la même langue ? Nous  travaillons donc sur des solutions alternatives facilitatrices qui pourraient être utilisées d’ici à 2 ans.

Toutes ces mesures permettront d’augmenter le degré de confiance entre consommateurs et vendeurs, notamment pour le marché online, avec comme conséquence la dynamisation du marché intérieur.

Il est grand temps de remplir l’Europe de choses concrètes !

Pensiez-vous un jour occuper un tel poste ?

Tout a changé ! Enfant dans un pays communiste, j’ai grandi derrière le rideau de fer. Dans les années 1970, je suis entrée très tôt en résistance avec Solidarnosc. Nous publiions, ce qui était en fait illégal. Je faisais déjà partie d’un mouvement social et politique.

Personnellement, je n’ai jamais rêvé que je vivrais libre un jour. Je n’ai  jamais rêvé que nous serions un jour dans l’Europe.

Libérée du  communisme, le pas suivant était de rejoindre les pays démocratiques. Je me suis donc lancée dans la campagne pour le référendum pour l’Europe aux côtés de la Fondation Robert Schumann.

Puis j’ai gagné un concours auquel j’ai été classée 6° au niveau de la Pologne et qui  m’a permis de devenir représentante de la Pologne à l’Europe. Ensuite, je me suis investie dans la campagne électorale pour représenter la Pologne à l’Europe et je suis maintenant élue au Parlement Européen.

Aujourd’hui, et après toutes ces expériences, je suis optimiste et je crois en l’avenir.

Avez-vous des modèles de femmes Européennes qui vous inspirent ?

Mes collègues au Parlement Européen comme :

  • Danuta Gübner, Présidente de la Commission du développement régional (REGI) du Parlement européen ;
  • Lena Kolarska-Bobińska, Professeure de sociologie, habituée au  combat pour la démocratie (elle faisait déjà partie d’un think tank à Varsovie). Cette Eurodéputée Polonaise est rapporteure pour la résolution “Vers une nouvelle Stratégie énergétique pour l’Europe pour la période 2011-2020”.

Pourquoi faudrait-il  qu’il y ait plus de femmes dans les institutions ?

Pour  une raison esthétique tout d’abord ! Afin d’apporter de la couleur au milieu de tous ces hommes en noir ou  gris !

Plus sérieusement, les femmes sont plus concrètes et pragmatiques, elles veulent plus de résultats et sont davantage dans une logique de recherche de solutions.

De par leur sensibilité, elles pensent naturellement aux autres. A leurs yeux, les citoyens ne sont pas une masse abstraite, mais au contraire des individus à écouter; elles gardent constamment cela à l’esprit, et moi  la première !

Leur travail n’est pas abstrait, leur attitude pas individuelle.

Les femmes savent aussi être de bonnes gestionnaires, car elles gèrent traditionnellement la maison, les enfants, les loisirs ; elles savent comment organiser les réunions de famille, les fêtes… En un mot, elles sont de très bonnes organisatrices, sans pour autant le faire savoir haut et fort, car pour elles, c’est bien naturel !

Elles ne sont pas aux postes supérieurs du pouvoir, mais elles sont pourtant influentes et très importantes, tout particulièrement en appui aux hommes qui sont sur le devant de la scène.

Pourquoi n’y a  t-il pas plus de femmes en place ?

Je fais le constat qu’il y a effectivement encore trop peu de femmes, mais cela évolue dans le bon sens, même si elles rencontrent des freins, notamment celui lié à la garde des enfants.

Accordons aux hommes le privilège de garder eux aussi leurs enfants, de devenir ainsi un être humain dans toutes ses dimensions et pas seulement une machine à gagner de l’argent !

 

Qui dit mieux ?

Fabienne PREVOT

Fabienne PREVOT 2.JPGFabienne PREVOT

Fabienne PREVOT, journaliste  et réalisatrice de documentaires, a choisi depuis  de nombreuses années de  mettre en valeur des  femmes extra – ordinaires. Ceci  notamment à  travers des thèmes  tels que la transmission du savoir ou leur participation active à des entités  élaborées  pour faire évoluer nos sociétés.

Sur le projet Femmes 3000 « Ces femmes qui font l’Europe » : L’Europe en fait  bien sûr partie, et c'est avec fierté et plaisir qu'elle a  accepté de participer  à  l'aventure du magazine de Femmes 3000 en présentant divers portraits de ces  femmes qui, incontestablement,  "font " l'Europe.


 

Commentaires

très intéressant....vivent les femmes

Écrit par : mjsoule | 20/09/2013

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